À l’origine, les premiers skinheads sont apparus à la fin des années 60. Tout a commencé avec les Mods qui étaient admis dans les clubs de reggae de Londres comme le Ruby’s sur Carnaby Street. Ils y ont découvert non seulement le Ska, mais aussi les éléments essentiels qui ont défini le look skinhead. La culture skinhead a été adoptée par les enfants noirs et blancs de la classe ouvrière qui travaillaient à la chaîne ou sur les chantiers navals. Ils se sont regroupés autour de leur amour du reggae et la fabrication d’une identité vestimentaire anglaise particulière, comprenant des bretelles, des costumes, des bottes et parfois un chapeau de chez Crombie porté sur une tête rasée façon militaire. Il n’était pas question de «peace and love», la vie était vue comme une série de coups durs et leur apparence guerrière était une manière d’exprimer leur vérité.
La seconde vague des skinheads, dans les années 80, était similaire sur un point : seuls les enfants des quartiers pauvres trouvaient une place dans la société en étant différents ensemble, comme tous les adolescents du monde. Ils étaient fidèles aux groupes héritiers du Ska tels que Madness et The Specials. À la même époque, un nouveau genre musical inspiré du punk fit irruption : le Oi!, une musique violente et industrielle qui poussait à la bagarre. Chaussés de Dr Martens et la tête rasée comme des soldats, ils tabassaient tous les imprudents qui les regardaient de travers. Ces adolescents venaient de régions particulièrement touchées par le chômage. Ils recherchaient une solidarité en opposition à la société égotiste de Thatcher. La société les avait abandonnés et, bien sûr, ils devinrent plus vulnérables aux idéaux du National Front (le Front National anglais).
Shane appartenait à la seconde vague des skinheads. Conscient de l’héritage des années 60, il tenait à donner une image sincère de ce monde tel qu’il l’avait vécu. «Les skinheads, à cause de leur apparence agressive, ressemblent à des soldats. Ils étaient faciles à convertir en guerriers du National Front. Quand on est dedans, on ne se rend pas compte de la contradiction qu’il y a à être endoctriné par le National Front tout en écoutant de la musique noire. La première fois que j’ai entendu parler du National Front, le tableau qui m’en a été fait, était une vision churchilllienne de familles asiatiques ramant jusqu’aux côtes anglaises et les skinheads, sur ces plages se battant pour les empêcher d’entrer dans le pays. À 12 ans, on trouve l’image assez romantique. C’est presque “ce que papy avait fait”. Quand vous avez 12 ans et que personne autour de vous ne trouve de travail, si quelqu’un vous dit, “c’est de la faute de ces gens”, vous le croyez.», dit Shane à propos du racisme qu’il a pu constater chez les skinheads. «J’y ai cru pendant 3 semaines, certains le croient pendant toute leur vie, ce qui est effrayant».
Afin de dépeindre les contradictions inhérentes à la culture skinhead, Shane a réuni des personnages très différents dont le comportement est aussi ridicule qu’effrayant et menaçant. Combo, le chef raciste du gang a un autocollant L sur sa voiture (L pour Learning, le A français pour les apprentis conducteurs) et écrire «Fuck Off» («Allez vous faire foutre») sur les murs relève pour eux de l’épreuve d’orthographe. Ce sont des minables, mais Shane ne laisse jamais le spectateur oublier qu’il y a une raison à leur comportement.