C'est dans les années 80 que le fait divers dont s'inspire 23 a été relaté dans le news magazine allemand Der Spiegel. A cette époque, avez-vous pensé en faire un film ?
Pas réellement, mais en 1992, un vieil ami d'enfance d'Altöntting a attiré mon attention sur ce reportage. Nous avions fait des recherches et même écrit un premier scénario, mais à cette époque nous n'avions pas les moyens de produire un film.
Les années 80 sont des années qui ont marqué notre génération et l'originalité de 23 vient du fait que ce film arrive aujourd'hui. Pendant le tournage, j'avais parfois l'impression d'y être à nouveau. A l'époque j'avais lancé un journal d'école, nous travaillions avec les Letraset, un procédé obselète de nos jours. Je suis encore ému par la scène où Karl, devant son Commodore 64, compose les mots «FUCKUP» à l'aide de ses Letraset.
Pourquoi avoir ponctué le film d'extraits de journaux télévisés ?
Nous devions trouver des images qui pourraient remémorer et représenter les années 80, des images montrant le dépeuplement des forêts, des hommes politiques tels que Kadhafi, Reagan ou l'épisode de Tchernobyl. A travers ces images, nous voulions induire une vision subjective. Une façon, à partir de faits authentiques rapportés par les médias, d'entrevoir l'opinion de Karl. Nous voulions montrer avec ces images comment Karl s'était forgé son propre modèle du monde.
Avez-vous un lien personnel avec l'univers informatique ?
Nous sommes totalement profanes en la matière. Nous savions que si nous pouvions comprendre nos scènes parlant d'ordinateurs, le public la comprendrait également.
Nous avons préféré avoir de nombreux entretiens avec les membres du club d'informatique «Chaos» et leur expliquer que nous ne souhaitions pas montrer de nombreuses scènes où l'ordinateur serait au centre mais que le peu que nous montrerons devait être réaliste. Cela voulait dire aussi que nous devions recréer l'univers informatique des années 80.
Et avec 23, on est très vite plongé dans cet univers...
Comme nous voulions que tous les spectateurs nous suivent, nous devions simplifier les détails techniques et trouver des solutions visuelles compréhensibles. C'est pourquoi nous avons ajouté la scène où Karl explique l'épisode du cheval de Troie avec un paquet de biscuits et des cigarettes. Pareillement la scène où David dessine un câble de données avec un stylo feutre sur un globe terrestre illuminé, c'est bien sûr une distorsion pour la caméra.
Comment avez-vous fait votre casting ?
Nous avons commencé à filmer, alors que nous n'avions toujours pas trouvé le Karl Koch idéal...Ces 4 semaines furent les plus dures de ma vie, un projet de film, une équipe sous contrat, des dates programmées de tournage. La fille qui s'occupait des accessoires commença à me poser de nombreuses questions : quand allons nous commencer à filmer dans cette pièce, voulez-vous un tapis vert ou rouge ?
A ce moment-là, je ne pensais qu'à une seule chose : tant que nous n'avions pas trouvé l'interprète pour le rôle principal, nous n'avions besoin ni de pièce ni de tapis. Heureusement, Nessie Nesslauer avec qui je travaille pour tous mes choix d'acteurs m'a aidé. Elle a une agence de casting à Munich. Nessie et moi avons pris l'avion pour rencontrer un jeune acteur à Berlin. Ce même jour, Nessie apprit qu'il y avait un autre jeune acteur qui jouait au théâtre Maxim Gorki à Berlin. Nous devions le voir ! C'était August Dliehl. Nessie y alla ce soir là et souhaita le rencontrer après la représentation. Ce qui lui fut impossible car August sortit du théâtre par la porte de derrière. Elle lui laissa un mot. C'était un peu juste car nous devions quitter Berlin le jour suivant à 10h00. A 9h00 August nous attendait dans le hall de l'hôtel et nous dit, «je suis là, de quoi s'agit-il ?».