Primo vu par Pierre Niney

Primo est un personnage plein de contradictions et c’est ça qui m’a intéressé. Il est pauvre mais il fantasme positivement sur les riches, il aime la profondeur d’un Malik, mais il se laisse séduire par la superficialité de Gabrielle ; il est mal dans sa peau mais capable de coups d’éclats... Et puis il est myope mais ne porte pas ses lunettes... ! J’aime beaucoup son côté physique, casse cou, son agilité, sa brusquerie, et son masochisme, par lesquels il semble vouloir compenser son inconfort. Son rapport à la lecture aussi m’intéresse, comme si les livres étaient pour lui autant de portes et de fenêtres: ça lui fait sûrement des courants d’air mais parfois il reste un petit vent de Musset dans sa tête...

Gabrielle vue par Lou de Laâge

En apparence, c’est le cliché de la petite bourgeoise, qui prend sans donner en retour parce qu’elle est le centre de son propre monde. Mais ça ne m’intéressait pas de la rendre juste bête et bourgeoise. C’est plus complexe : elle est attirée par Primo car il lui fait ressentir des choses qu’elle n’a jamais vécues ; il lui apporte des coups d’adrénaline et un parfum d’étrangeté qui la fascine. Mais quand il franchit les limites de la bienséance et de la représentation acceptées par son milieu, elle n’a pas le courage de rester avec lui et elle s’en veut terriblement. Elle rêve d’avoir une seconde chance, mais pour ça il faudrait qu’elle accepte de sortir un peu des rails, qu’elle affronte son père, ses amis, et le «tout Ramatuelle» !

Malik vu par Ali Marhyar

Mon personnage est moins porté sur le rêve que Primo. Il faut dire qu’il a été moins protégé. C’est un enfant de la première génération d’immigrés après la fin de la guerre d’Algérie. Son père a passé sa vie sur une chaîne de montage et il lui a donné la conscience des combats à mener. Contrairement à Primo, il sait ce qu’il attend de l’élection de 1981 et pour lui s’engager, c’est quelque chose. Par ailleurs, il assume totalement le fait de vivre sans argent et il sait où est sa place. Il est plus dans le présent, dans le réel, que ce soit pour partager ses convictions politiques avec Primo ou lui dire qu’il fait des erreurs. Dans la vraie vie, Pierre et moi sommes amis et ça nous a donné pas mal de ressources pour jouer ce tandem dans la complicité comme dans la bagarre.

Delphine vue par Audrey Bastien

Delphine, c’est l’Amoureuse avec un grand «A» ! On dirait Jeanne D’Arc : elle a entendu des voix qui lui disent que Primo est l’homme de sa vie alors elle va jusqu’au bout... ! Evidemment le rôle a été écrit par un homme, alors je crois qu’elle est un peu idéalisée ! A part ça, elle est présente physiquement dans le milieu que son niveau de vie lui permet de fréquenter, mais dans sa tête elle est ailleurs... Alors elle observe les fils à papa et s’amuse à les provoquer... Comme Paul, elle démasque Primo très vite, et comme lui, elle est impressionnée par son culot. Pour moi l’important, c’était d’arriver à incarner son mélange de fragilité et de force - son côté rentre-dedans - tout en lui gardant sa pudeur et sa poésie.