"Le titre original de mon film, « Ovsyanki », signifie en russe « bruant », une espèce d’oiseau proche du moineau. Ces petits volatiles jaunes et verts sont tellement répandus en Russie que plus personne n’y prête attention. Les scientifiques les comparent souvent à des canaris qui auraient acquis un don pour le chant.

Le film s’articule autour de trois personnages : Miron Alekseevich, le directeur d’une usine de papier à Neïa, une petite bourgade de la région de Kostroma ; Aist Sergeev, le photographe officiel de cette usine ; enfin, Tanya, artiste-peintre et épouse adorée de Miron.

Ce sont tous des gens ordinaires mais au-delà des apparences, de leur façade silencieuse, il y a la force de leurs traditions et des passions qui les animent intérieurement. Ils ont quelque chose de ces bruants : à première vue anodins mais d’une grande richesse intérieure pour qui les observe avec acuité.

Si l’action du film et les personnages sont contemporains, l’histoire puise sa source dans la culture d’un peuple mystérieux, celui des Méria. Ils ont aujourd’hui disparu, leur culture a été depuis longtemps assimilée par les Russes, mais le film part de l’idée que leur présence est toujours palpable. Ils n’ont pas vécu d’une manière singulière : ils s’habillaient, pariaient et se nourrissaient comme nous.

Néanmoins, leurs racines sont davantage finno-ougriennes que slaves. Ils se reconnaissent entre eux à des signes subtils qui échappent à notre perception. Lorsqu’ils ont à surmonter des épreuves, ils se tournent vers leurs rituels ancestraux. Par exemple, ils ne croient en aucun Dieu mais considèrent l’amour et l’eau comme sacrés.

A partir d’éléments historiques avérés, j’ai imaginé la mythologie de ces Méria, ancrée dans la région de la Volga. C’était ma façon de montrer une autre Russie, celle où les traditions païennes et la conception des rapports humains, antérieures à la domination orthodoxe, s’affranchiraient de la trivialité moderne. J’ai voulu réinventer un monde délicat guidé par la pureté, la sincérité des gens ; un monde qui est à la portée de chacun d’entre nous, même s’il n’existe pas concrètement. Dans ce monde-là, la vie, l’amour et la mort sont des concepts séduisants.

Le dernier voyage de Tanya est un voyage aux confins des secrets de l’âme, une ode à l’amour, une célébration de la féminité, un périple humain où tendresse et mélancolie ne font qu’un."

Aleksei Fedorchenko