Comment est née l'idée du film ?

Hey, Happy! est un projet qui s'est étalé sur des années, au début c'était une idée de film d'école en super 8 qui a été abandonné, pour réapparaître sous une nouvelle forme.

La ville de Winnipeg y joue un rôle important.

C'est une ville des Prairies qui est renommée pour son excitante scène artistique et ses réalisateurs mondialement reconnus, dont Guy Maddin est la figure de proue. Winnipeg est ma muse. J'ai essayé de créer cette mythologie autour de Winnipeg, mais c'est aussi basé sur la réalité. Une grande partie de ce qui se passe dans Hey, Happy! est un mardi soir habituel à Winnipeg, plein de cinglés excentriques.

Pourquoi ne pas pas avoir choisi une ville plus importante telle que Toronto ou Vancouver?

"Dans de telles villes, vous êtes trop tenus économiquement. A Winnipeg, vous pouvez vraiment vous laisser aller très loin" explique Clayton Godson (Spanky) qui est tel quel dans la vie. C'est vraiment un lieu privilégié pour les réalisateurs. Beaucoup vient de Guy Maddin qui a vraiment donné le ton pour les gens qui travaillent ici. La scène de Winnipeg n'est pas vraiment prête à se tourner vers des structures dramatiques et narratives plus courantes, c'est certain.

Alors que la plus grande partie du cinéma canadien est assez ascétique dans son ton, votre film est clairement à propos du plaisir.

On bouscule un peu cette habitude, n'est-ce-pas? J'ai essayé de faire un film qui fasse se sentir bien, à tout point de vue. J'ai voulu vous retourner, vous rendre heureux, triste, et vous faire vomir.

Plongé dans la culture rave, 'Hey, Happy!' va en mettre certains mal à l'aise par l'attention portée à la sexualité.

Les gens "straight", bien dans le moule, ne veulent voir que le côté acceptable et agréable d'être gay. Ils ne veulent pas voir l'essence même du "terrible danger" d'être gay, tout ce plaisir non retenu. Même certains homosexuels ne veulent pas d'un personnage comme Spanky, ce côté astro-camp des années 70. J'ai essayé de pousser l'identité gay plus loin avec Sabu et ses 2000 mecs.

Je ne veux pas parler de "film gay" pour Hey, Happy!, ce film est plus sur comment avoir 20 ans de nos jours. C'est un amalgame de ma jeunesse. Il s'adresse à des individus qui ne croient plus en être gay ou "straight". C'est juste un film pro-sexe, centré sur ce personnage de libertin sans limite.

Ce qui terrorise les anti-gays, c'est la notion de plaisir. Il s'agit d'une quête sainte pour Sabu, comme il le dit, il se sent plus fort. Je suis même contrarié par sa douceur. Une sorte d'hybride entre astro-camp et douce romance. Je veux juste emmener les gens là où ils n'ont jamais été.