Pourquoi avoir choisi le génocide rwandais et comment avez-vous découvert cette histoire de l’Ecole Technique Officielle de Kigali ?
Je tournais à Hollywood et je me suis rendu compte à quel point j’étais de moins en moins satisfait des films que je faisais. Je suis européen et après plusieurs années de travail aux Etats-Unis, je ne me sentais plus vraiment en phase avec toutes ces « valeurs américaines ». J’avais envie d’un scénario qui m’impliquerait de façon différente. Je souhaitais rentrer en Europe et c’est à ce moment-là que l’on m’a proposé cette histoire.
J’ai réalisé à quel point ma connaissance du sujet était superficielle. Mais c’est surtout le comportement des pays occidentaux durant toute cette tragédie qui m’a révolté. D’une certaine manière nous sommes tous responsables, nous occidentaux, et pour moi la meilleure façon de témoigner de cette culpabilité était de raconter ce drame.
L’épisode de l’Ecole Technique Officielle (E.T.O) stigmatise parfaitement tous les aspects de cette tragédie. Grâce aux rapports très détaillés de l’ONG affiliée à l’école, les événements et les personnages ont pu être décrits de manière très précise dans le film.
Votre film s’appuie sur une histoire vraie. Pourquoi avoir choisi la fiction plutôt que le documentaire ?
Tourner au Rwanda et m’inspirer de faits réels était la condition sine qua non du projet, mais je n’ai jamais envisagé un documentaire, cela me semblait trop contraignant. En revanche, la fiction me permettait de toucher le spectateur, de l’émouvoir et tenter de lui faire comprendre l’horreur de ce moment.
A la fin du film, on découvre que certains survivants de l’E.T.O. ont participé au tournage de votre film…
Même si je reste persuadé que l’histoire du génocide rwandais ne pourra être racontée que par les Rwandais eux-mêmes. En faisant ce film, j’ai voulu être le plus précis possible, c’est un véritable travail de reconstitution enrichie des témoignages des survivants.
Il était évidemment difficile de demander à ces hommes et à ces femmes de revivre, à travers ce tournage, des moments particulièrement dramatiques de leur existence. Mais il est apparu très vite qu’il y avait chez eux un désir profond de recréer ces scènes avec beaucoup de précisions. Ils intervenaient sans cesse pendant le tournage, en expliquant comment telle ou telle chose s’était produite.
Par exemple, ils disaient : « à ce moment-là, nous avons eu très peur », ou au contraire « là, nous ne nous sommes pas trop inquiétés » ! Petit à petit, un plan après l’autre, j’ai vu que cela devenait de plus en plus cathartique pour eux. Certains se sont peu à peu réapproprié le traumatisme qu’ils avaient subi.
Le film a-t-il été projeté au Rwanda ?
J’espère organiser très prochainement une projection à Kigali. Je sais qu’il a été montré à quelques-unes des personnes de l’équipe làbas et j’attends avec impatience de pouvoir y retourner. Je me sens responsable, vis-à-vis de tous les gens qui nous ont aidé et accompagné dans cette aventure.