Aux Cahiers du cinéma, Bergman se définit... comme indéfinissable : « Je ne suis pas celui que l'on croit que je suis. Je ne suis pas non plus celui que je crois être. Quand quelqu'un croit savoir ce qu'il est, on sait très bien qu'en réalité il ne le sait pas. Mais si le public croit savoir qu'il sait ce qu'on est, on doit lui laisser croire qu'il le sait. Car si on lui laisse vraiment savoir ce qu'on croit savoir, tout le monde serait déçu et contrarié.
Que les gens continuent donc à croire que je bats mes acteurs, ou bien au contraire, que je les dirige avec douceur... Je porte la barbe par symbole. Et je la rase par symbole aussi.
Il y a en moi un acteur qui n'est pas né, et qui se grime différemment selon les circonstances. Parfois en mieux, parfois en pis. De toute façon, une barbe est un mauvais masque ; et on dissimule probablement beaucoup mieux avec un visage rasé de frais.
On m'a souvent demandé ce que représentait selon moi le personnage de l'hypnotiseur Vogler. C'est évidemment un illusionniste. Mais c'est en même temps, bien davantage que cela. Il porte, à certains instants, une barbe d'allure messianique... En conclusion, ce n'est peut-être pas lui le charlatan... »
Quant à Max von Sydow, pour Cinéma 59, il explique : « Le Visage est un film très symbolique et au fond très simple. La critique suédoise lui a trouvé beaucoup de symboles, mais des symboles chrétiens.
On a identifié mon personnage avec Jésus Christ ou Simon de Cyrène. Mais le symbole juste, pour moi, est l'assimilation de mon personnage au mythe de l'artiste, face à ses problèmes. C'est, bien sûr, une projection de Bergman lui-même tout comme les personnages du Septième sceau étaient des projections de Bergman face à la vie et à la mort. Il mettait un peu de lui-même dans chacun des rôles, ce qui montre, s'il en était besoin, qu'il est un homme complexe. »