A voir en salle, le film de Joachim Lafosse L'Economie du couple, à partir du 10 août 2016. Chronique d'une séparation où l'argent devient monnaie d'échange d'amour et de haine.

 " Dans un couple, dit le réalisateur, l’argent représente ce sur quoi on peut se disputer : il n’en est pas la cause. Ce n’est pas à cause de lui que Boris et Marie n’arrivent plus à s’aimer. Derrière le sujet de discorde qu’il représente, il y a la manière dont l’un est reconnu ou ne l’est pas, celle dont il a envie que l’on reconnaisse ce qu’il a fait ou ce qu’il n’a pas fait. Il n’y a pas d’effort uniquement économique ou financier. Boris et Marie ne parviennent pas à s’entendre sur la manière dont ils auraient à reconnaître ce qu’ils se sont apportés l’un l’autre parce qu’ils n’ont pas eu la lucidité d’aborder concrètement et dès le début l’investissement de chacun dans leur couple. Les bons comptes font aussi les grandes histoires d’amour.

Pas de lecture politique, donc, derrière ce titre – « L’ÉCONOMIE DU COUPLE » ?

C’est une lecture possible. Un metteur en scène est là pour rendre son film le plus multiple possible, avec le plus d’identifications possibles. Mais je n’ai pas voulu le prendre sous cet angle là. Je suis parti de l’idée simple qu’a priori, quand on a des enfants avec quelqu’un, ce n’est jamais parce qu’on a imaginé que ça n’allait pas durer. Ce qui oblige à constater qu’il y a toujours une émotion à observer la tristesse de la séparation... de ce qu’on n’avait pas imaginé.

La situation de ce couple est d’autant plus douloureuse que, Boris n’ayant pas les moyens de se reloger, le couple est obligé de continuer à cohabiter ensemble.

Il était impossible de ne pas tenir compte de cette réalité économique : le coût des loyers dans les grandes villes est devenu tel qu’énormément de gens mettent du temps à se séparer parce qu’ils ne parviennent pas à se reloger chacun de leur côté. Autrefois, on restait ensemble pour des raisons morales ; aujourd’hui, on le fait pour des raisons financières. Cela dit quelque chose sur notre époque..."

Joachim Lafosse