" La présence bienveillante sur le plateau du vrai Alberto Granado  était d'une grande aide. Il m’a rassuré en me faisant confiance et en me donnant sa bénédiction. Il ma dit “ parle simplement avec ta propre voix. Tu es un jeune homme comme l’était Ernesto, ça suffit ”. Peu à peu, je me suis laissé aller à nourrir mon personnage de ma propre expérience de voyage. Et je crois qu’elle a rejoint celle d’Ernesto.

Ce qui rend vivant mon personnage, c’est ce que j’ai vécu, comme lui : sur ce tournage, j’ai tout à coup découvert un continent, en même temps que je me suis découvert un peu plus moi-même. C’était étrange. Prendre conscience de ma propre transformation… c’était encore une façon d’être au cœur du personnage. Comme ça doit être au cœur de l’acteur... Partir à la recherche de son identité…  Ça doit être notre façon de trouver une logique à la vie. Est-ce qu’un acteur ne fait  pas que jouer ce dilemme ? (...)

Le pire, pour moi, mais je crois que c’est la plus grande peur des acteurs, c’est, dans un film, d’être… moi-même. (...) L’expérience que m’a poussé à faire Walter Salles, et Ernesto, c’est de prendre conscience que cette peur est éphémère. Ce n’est pas parce qu’un rôle est particulièrement difficile qu’il est meilleur.

Avec un rôle proche de vous, évident et apriori facile, il vous faut être dans la confiance totale : ça va être vous, et personne ne pourra jouer ça comme vous ; on est, par définition, unique."

Propos recueillis par Philippe Piazzo