Le film est né du désir que nous avions de regarder comment le Brésil avait changé, douze ans après Terre lointaine. À l'exemple du premier film que nous avons réalisé ensemble, nous avons voulu travailler avec de jeunes acteurs débutants ou peu expérimentés et une équipe qui, elle aussi, commençait à faire du cinéma.
Dans Une famille brésilienne comme dans Terre lointaine, la jeunesse est au centre de l'histoire. Dans un pays où des millions de jeunes sont sans emploi, le foot, la religion ou la marginalité sont quelques unes des issues possibles. Beaucoup de jeunes côtoient la violence, mais la plupart parviennent à l’éviter. Or ceux-là ne sont presque jamais filmés, ce qui donne, à la longue, une image faussée de notre réalité.
Nous avons voulu aller contre cet état de choses. Faire un film âpre, mais où les gens pourraient, pour une fois, ne pas être jugés d'avance. Où le drame serait intérieur, lié à des problèmes de race et d’absence de structure familiale. Pour autant, nous ne voulions pas nier la présence quotidienne de la violence dans un pays où 50 000 personnes par an, surtout des jeunes, meurent victimes d'armes à feu. Les personnages d’Une famille brésilienne vont vivre cette question de manière différente.
Le film suit quatre frères et une mère enceinte d'un cinquième enfant, dont le père n'est pas connu. Nous nous sommes inspirés de quatre histoires puisées dans la réalité brésilienne pour créer les personnages de Dênis, Dinho, Dario et Reginaldo. Les documentaires réalisés sur le monde du football et des religions évangéliques au Brésil par João Salles nous ont aidé à dessiner deux des quatre personnages, Dario et Dinho. Le frère aîné de la famille, Dênis, fait partie d'un univers emblématique de São Paulo : celui des 300 000 coursiers qui sillonnent la ville. Le quatrième frère a pris corps à partir d'un fait-divers qui a surpris le pays il y quatre ans : un jeune garçon de 14 ans qui traînait dans des garages de bus à la quête de son père a, un jour, décidé de voler un bus pour se faire remarquer. Il a conduit trois heures dans la ville avant d'être arrêté par la police.
Nous avons voulu plonger dans l'univers du foot comme l'un des seuls tremplins existants pour casser les barrières sociales au Brésil. Mais là encore, la réalité ne laisse pas de place au romantisme : chaque année, 2 millions de jeunes de 15 à 17 ans essayent de rentrer dans les clubs de deuxième ou troisième division. Moins de mille y parviennent. À 18 ans, les tests sont finis et ce rêve est terminé.
Vinícius de Oliveira, le jeune acteur de Central do Brasil, s'est longuement préparé pour jouer le rôle du jeune footballeur dans le film. Il est le seul des cinq acteurs principaux du film à avoir déjà fait du cinéma.Des essais réalisés pendant un an dans les communautés où nous allions filmer, dans des ONG et des écoles de théâtre amateur de périphérie nous ont permis de trouver les autres membres de cette Famille brésilienne.Nous avons également voulu intégrer dans le film les personnes qui vivaient dans les univers où nous allions tourner. Ainsi, les évangélistes du film le sont effectivement dans la vie au même titre que les jeunes footballeurs ou les coursiers. Les voisins invités à la fête d'anniversaire de Dario sont d’authentiques voisins de rue de nos acteurs qui ont vécu dans la maison où nous avons tourné.
Douze ans après Terre lointaine, le Brésil est devenu plus conflictuel, plus complexe aussi. Un pays où l’urgence et l'absurde peuvent devenir soudainement quotidiens. Quelque chose, cependant, n'a pas changé : un thème qui relie Une famille brésilienne à Terre lointaine, mais aussi à Central do Brasil : le manque chronique du père dans notre société. En l'absence du père (et donc d'une patrie), reste, peut-être, la possibilité d'une fratrie.
Walter Salles et Daniela Thomas