NOTES DE PRODUCTION

1997 - TOUCHING FROM A DISTANCE

L’aventure de Control débute en 1997 dans une librairie, quand le producteur Orian Williams achète le livre Touching from a distance de Deborah Curtis, la biographie de la courte vie de son mari, Ian Curtis, le chanteur de Joy Division.

Elle débute avec l’adolescence de Ian Curtis à Macclesfield, petite ville proche de Manchester en Angleterre. Le livre raconte ensuite la relation et le mariage du couple ainsi que l’histoire de Joy Division. Avec seulement deux albums studio en trois ans, le groupe a mené la tendance post-punk et influencé des groupes comme The Smiths, U2 et plus récemment The Killers, Bloc Party et Editors.

Il nous dévoile l’âme torturée du chanteur de Joy Division et comment sa dépression, sa culpabilité et sa maladie l’ont mené au suicide à l’âge de 23 ans.

« J‘ai acheté le livre en 1997 », se souvient Williams. « Je l’ai conservé dans ma voiture et c’est un ami producteur qui m’a fait remarqué qu’on pourrait en faire un film. » Ces deux fans de Joy Division ont alors une révélation. Williams laisse son ami se renseigner sur les droits et se consacre à d’autres projets. Le temps passe avant qu’ils ne s’en reparlent.

« Nous l’avions mis de côté et au final, je n’avais même pas lu le livre. Il a fallu qu’un autre ami m’interpelle de nouveau sur le sujet pour que débute le projet. » Cette fois-ci, Williams se renseigne et apprend qu’une adaptation est déjà en cours mais que la société de production en ait au point mort après trois ans. Très vite, il est évident que ce projet n’aboutira pas.

Après avoir rencontré Deborah Curtis et sa fille Natalie, Williams et son associé de l’époque, Todd Eckert, gagnent peu à peu leur confiance et leur présentent leur propre vision du film. Avec leur bénédiction, Williams récupère les droits du livre et lance la production. Puis, par l’intermédiaire de Deborah Curtis, ils rencontrent Tony Wilson, autre acteur de cette époque qui devient co-producteur. « Je voulais être sûr que le fi lm évoquerait tous les aspects de la vie de Ian », remarque Williams. « C’est-à-dire que nous devrions parler d’Annik Honoré - la maîtresse de Ian Curtis. Il était amoureux d’elle et nous tenions à parler d’elle et de sa vie (qui est à peine mentionnée dans le livre) et du rôle qu’elle a joué dans la vie de Ian et l’histoire du groupe. »

L’histoire devait également inclure les autres membres du groupe Joy Division, Bernard Sumner, Peter Hook et Stephen Morris qui formèrent par la suite New Order. Une fois ces soutiens assurés, il restait aux producteurs à trouver un réalisateur.

HEART AND SOUL

Avant d’approcher Deborah Curtis, Williams avait contacté par mail Anton Corbijn, l’encourageant à réaliser un long métrage. « Il m’a répondu qu’il avait envie d’explorer d’autres domaines, que je lui avais écrit au bon moment et qu’il fallait nous rencontrer » se souvient Williams. Anton Corbijn, célèbre pour ses photographies et ses clips réalisés pour U2 ou Depeche Mode, l’a informé qu’il ne se lancerait dans aucun projet ayant trait à la musique. Il a donc dans un premier temps refusé l’offre de Williams de travailler sur un film évoquant la vie de Ian Curtis. « Je lisais des scenarii mais aucun ne m’amenait où je voulais » raconte Corbijn. « Je savais que je ne voulais pas faire quelque chose de prévisible. Aujourd’hui en Angleterre, je suis un « photographe de rock », mais en réalité je suis juste photographe. Je pensais qu’en faisant un film sur la musique, cette étiquette me poursuivrait encore ».

Mais Williams garde le contact avec Corbijn et une fois les droits acquis, ils déjeunent ensemble. Il se souvient de cette journée de 2004 : « Il m’a raconté son histoire, comment il avait quitté la Hollande pour emménager à Londres à cause de Joy Division. Il a alors pris cette photo culte du groupe dans le métro. Quelques mois plus tard, Ian Curtis se suicidait. » Il propose au photographe de relire le livre de Deborah Curtis. Le réalisateur lui a ensuite déclaré : « Je crois être le seul qui peut faire ce film ». Mais c’était sans arrogance, juste pour me faire comprendre qu’il souhaitait protéger cette histoir e» ajoute Orian Williams.

La décision d’Anton Corbijn a été officiellement annoncée le 7 mai 2005 au Peel Suite, Radisson Edwardian à Manchester ; là même où les Sex Pistols jouaient lorsque Ian Curtis a parlé pour la première fois à Bernard Sumner et Peter Hook. Il a lui-même pensé au titre Control la veille de l’annonce, en référence au titre She’s lost control et au désir de Ian Curtis de contrôler sa vie. Ce soir-là, Deborah Curtis déclare : « Cette histoire de film a longtemps été un simple projet. À une époque, je croyais même qu’il fallait mieux qu’il n’aboutisse jamais. Mais aujourd’hui, nous avons trouvé l’équipe idéale ».

LE SCÉNARIO

Adapté du livre de Deborah Curtis, le scénario a été confié à Matt Greenhalgh, lui-même originaire de Salford, près de Manchester. Pour écrire son histoire, il a rencontré Deborah Curtis ainsi que Tony Wilson, les membres de New Order et Annik Honoré qu’il a rencontrée à plusieurs reprises à Bruxelles. Jeune journaliste, Annik Honoré a rencontré Ian Curtis lors d’une interview. Débuta alors une histoire d’amour qui aura duré jusqu’à la mort de ce dernier et aura accéléré la destruction de son mariage. Dans Touching from a distance, elle est présentée comme « l’autre femme ». La distance prise par le film a été d’humaniser son rôle car cette relation a eu une importance décisive dans le destin de Ian Curtis. Annik Honoré a finalement permis, à la toute fin du projet, que l’on utilise son nom : « Pour être honnête, cela a été un processus assez long », confie Anton Corbijn.

Le réalisateur a également insisté pour rencontrer les trois membres de Joy Division. « Il était intéressant de constater que certains étaient attentifs aux faits quand d’autres se concentraient sur les émotions » raconte-t-il. « Stephen par exemple voulait être sûr que Rob Gretton (leur manager) serait convenablement porté à l’écran ». Par la suite, même si l’engagement de Corbijn a fini de convaincre le groupe, ils n’auront qu’un intérêt passif dans le projet. « L’arrivée d’Anton sur le projet les a rassurés », dit Williams. « Jusque-là, ils devaient se demander ce que ce producteur américain ferait d’un film sur un groupe mancunien ! »

LES LIEUX DE TOURNAGE

Malgré le souhait de la production de coller au plus près de la réalité, ils n’ont pas pu tourner à Manchester. « Parce que la ville ne ressemble plus à ce qu’elle était » raconte Williams. « Elle est trop moderne. » Les paysages qu’a connus Ian Curtis ont radicalement changé. C’est le directeur de production, Peter Heslop qui trouvera la solution dans les Midlands et la ville de Nottingham qui ressemble au Manchester des années 1970 plus que Manchester elle-même. Les décors mancuniens principaux, comme la maison de Ian et Deborah Curtis ont en revanche été fi lmés sur les lieux originaux.

LE NOIR ET BLANC

Anton Corbijn s’explique : « Je n’ai pas toujours pensé que le film serait uniquement en noir et blanc. Beaucoup pensent que j’ai tourné le film en noir et blanc mais c’est faux. Le fait est que mes souvenirs de Joy Division sont surtout en noir et blanc. Si vous regardez les visuels du groupe en particulier les photos, 99% d’entre eux sont en noir et blanc. La raison c’est que dans les années 70 et au début des années 80, tous les journaux de musique étaient imprimés en noir et blanc. Il fallait vraiment faire un tube pour pouvoir être photographié en couleurs pour les magazines à gros tirage. Un groupe comme Joy Division ne faisait pas (encore) de tubes. Leurs pochettes de disques étaient également en noir et blanc et ils s’habillaient toujours dans les gris. J’ai donc pensé que le noir et blanc, c’était la bonne couleur de référence quand on pense à Joy Division. »

LE CASTING

Le principal facteur d’authenticité restait l’acteur capable d’incarner Ian Curtis. Le réalisateur n’a jamais tenu à trouver un sosie du chanteur, il estime juste que l’acteur devait lui ressembler physiquement et comprendre son état d’esprit. Assez vite, l’idée de choisir un acteur connu est écartée, de peur que cela n’éloigne le spectateur du personnage. Après un casting mené à Londres, la recherche se poursuit dans le nord de l’Angleterre et à Manchester.

Après avoir tourné pour la télévision et le théâtre, Sam Riley, originaire de Leeds, s’est consacré à la musique. Après un projet d’album avorté avec son groupe 10 000 Things, il a décidé de redonner une chance à son métier d’acteur.

« Auditionner pour des rôles à la télé et être un musicien me posait des problèmes de conscience » raconte Sam Riley. « Mais lorsque j’ai rappelé mon agent, Control est le premier projet qui s’est présenté, de manière assez miraculeuse. »

Sa ressemblance physique avec Ian Crutis et son expérience de musicien l’ont mené à cette audition. « Après quelques minutes dans la salle, Anton m’a demandé « Puis-je voir ta démarche ? », se souvient Sam Riley. « Je savais qu’il le ferait parce que j’avais vu le gars avant moi à travers la fenêtre, alors je m’étais entraîné dans les toilettes. Anton m’a donné un i-pod et m’a donné ses indications. »

Anton confie : « J’ai senti que Sam Riley était LA bonne personne. Bien sûr ce choix me rendait très nerveux quand je pensais au fait qu’il n’avait aucune expérience. Mais à chaque fois que le doute m’envahissait, je repensais au film Kes de Ken Loach. J’aime l’innocence de ce garçon dans ce film parce qu’il n’a aucun bagage avec lui et je voulais obtenir la même chose de Sam Riley. Il y a une honnêteté magnifique et un réalisme chez les acteurs inexpérimentés. Ce que Sam a fait est si crédible ! »

Sam Riley remarque : « On me demande souvent ce que ça fait d’incarner une icône mais je n’ai pas pensé au rôle en ces termes. C’était juste un homme ordinaire. C’est avant tout sa mort prématurée qui fascine les gens. » Outre ses recherches sur la gestuelle de Ian Curtis et son étude des archives de Joy Division, Riley s’est intéressé à son épilepsie. Il a notamment étudié à Londres dans un centre spécialisé. « J’ai rencontré des neurologues qui ont répondu à mes questions et m’ont expliqué comment le corps réagit aux crises » raconte Riley. « J’ai assisté à des crises. C’est assez dur, c’est difficile de regarder les gens souffrir. »

Outre les symptômes physiques, Sam Riley a tenté de comprendre comment la maladie a pu influencer le comportement et l’état d’esprit de Ian Curtis. « J’ai essayé de comprendre comment on peut vivre avec la peur. Une attaque peut vous laisser mort, ou physiquement diminué. Perdre le contôle de son corps est en plus une expérience humiliante. »

« Pendant un moment, nous pensions que le regard pourrait poser problème » raconte Riley au sujet des yeux si particuliers de Curtis. « Nous avons essayé des lentilles de contact mais elles me gênaient et empêchaient mes pupilles de bouger, bref j’avais l’air d’un robot. C’est Alexandra Maria Lara (Annik Honoré dans le film) qui s’en est de suite aperçu lors des essayages. Je les ai portées quelques heures pendant les répétitions, les gens avaient l’air de penser que cela fonctionnerait. Mais je priais intérieurement pour qu’on abandonne l’idée. Après tout, il s’agit surtout d’interprétation. Je n’ai pas les yeux de Ian, mais c’est normal, je ne suis pas Ian ! » Avant de débuter le tournage, deux semaines ont été consacrées aux répétitions, permettant ainsi à Riley de se glisser dans la peau de son personnage. Les après-midi étaient consacrés aux répétitions du groupe, avec les autres comédiens interprétant Joy Division, les matinées étaient passées avec les actrices interprétant les femmes de la vie de Ian Curtis, Samantha Morton qui interprète Deborah Curtis, et Alexandra Maria Lara qui interprète Annik Honoré. Une manière de s’imprégner de l’histoire existant derrière la légende du chanteur.