" Control est un film personnel. Ce n’est pas un film musical, du moins pas pour moi.

J’ai tout d’abord refusé le projet de peur d’en faire un film musical. Au fil des ans, j’ai photographié de nombreux musiciens, et on m’a collé l’étiquette « photographe de rock ». Je savais donc comment le film pourrait être perçu.

En 2004, j’ai travaillé quatre mois sur un livre sur U2 ; je photographie ce groupe depuis 22 ans. Assis chez moi, penché au-dessus des planches contact du début des années 80, j’ai revécu cette période, ressenti à nouveau les sensations qui y sont rattachées : le vent dans les cheveux quand on attend le bus, le désespoir de ne pas avoir de chez-soi, d’être démuni... et la musique, le rituel qui consistait à acheter un disque et l’écouter.

Les temps ont changé mais ces sensations se sont rappelées à moi de manière si vives, notamment cette année 1979 quand j’ai emménagé à Londres. Quand l’album de Joy Division, « Unknown Pleasures » est sorti, j’ai su que je devais quitter la Hollande et aller là où naissait cette musique.

Deux semaines après mon arrivée en Angleterre, je prenais cette photo devenue célèbre de Joy Division dans une station de métro. C’est déjà une histoire incroyable - arriver dans un pays et rencontrer le groupe qui a inspiré votre venue - et des années plus tard, cela vous amène à réaliser un film.

Cette partie de ma vie est derrière moi aujourd’hui, cette partie dominée par les désirs et les émotions de ma jeunesse. Joy Division et Ian Curtis sont une partie importante de cette période de ma vie. Quand j’ai pleinement réalisé cela, j’ai su que je devais faire ce film."

 

Anton Corbijn, Mai 2007