Le sexe est-il subversif ? "Certainement moins que la violence", affirme Marialy Rivas. "Montrer crûment des relations sexuelles, hétéros ou homos, ne fait que renvoyer le spectateur à une expérience très banale de sa vie. Le crime, lui, reste un tabou...", pense-t-elle.

Pas sûr. Mais son premier long-métrage réussit à concilier l'humour, la sensualité et la critique sociale.

C'est en suivant sur internet le journal intime Joven y Alocada (jeune et "foldingue" — ou "rebelle", selon les différentes traductions du titre du film en français) que la cinéaste chilienne a trouvé le thème de son premier long-métrage, qui a repris le nom du blog.

Pas question pourtant de faire un documentaire : dans la vie, la famille de la jeune fille ignorait son activité de blogeuse. En outre, la fiction a permis des "dérapages" (séquences d'animation, sexe explicite, narration explosée dans un chaos émotionnel juvénile...) qui font du film à la fois une agaçante comédie qui réveille le spectateur par tous ses petits penchants sentimentaux, mais pour mieux gentiment lui claquer le regard par une dynamique de la sensuatlité à tout va. Y-a-t-il si souvent des films qui célèbrent toutes les sexualités avec joie et dérision, tout en exposant les multiples tourments que générent, par culpabilité et excès de raison, le libertinage ?

Comme dans la vie, Alicia, l'héroïne du film, est, dans le film, une adolescente qui étouffe dans l'éducation stricte et rigide de sa famille évangélique, pieuse à outrance. Ils ne pensent qu'à Dieu. Elle ne pense qu'au sexe. Le sien, celui des autres, celui qui fait tourner le monde en général.

Découpé en chapitres, sur les diverses façons de rêver, faire et réinventer la sexualité (seul, à deux, à plusieurs...), le film suit en cela les Epitres des textes sacrés. L'Evangile selon Alicia est celui du sexe. Et la révélation sacrée du buisson ardent se transforme en "chatte brûlante". Tout aussi direct et efficace, le Miracle a lieu lorsqu'un Dieu, icône barbue en papier découpée, fait se dresser le sexe masculin par un mystérieux commandement. L'injonction "Lève-toi et Marche !" prend soudain un sens universel. Tel est le mouvement de Joven y Alocada : du sacré au trivial. Pour redonner sens au quotidien, hors du dogme.

Alicia quitte alors le champ de l'expérimentation pour le plaisir. Avec un homme, avec une femme. En même temps. Pour elle, là est l'équilibre. Sa famille, l'école, la maladie qui surgit dans son quotidien, le travail, l'hypocrisie sociale : tout se mêle, comme un seul et même orgasme douloureux, libérateur et apaisant.

Joven y Alocada a rendu les Chiliens heureux. Marialy Rivas raconte que le succès du film (un prix du scénario à Sundance, le tour des festivals...) a renvoyé une image positive et "libre" d'un pays moins "cool" qu'il ne veut s'en donner l'air.

La cinéaste cite Godard (Vivre sa vie), tourne des publicités, et a mis près de quinze ans à mener à bien ce premier long-métrage de fiction. Son Joven y Alocada tranche avec l'idée d'un cinéma latino doloriste et pauvre qui s'est imposé ces quinze dernières années à travers les films diffusés en Europe. Rire parce que c'est grave, c'est pas mal non plus.

 

Philippe Piazzo

 

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Marialy Rivas, bio-express :

Ses travaux incluent publicités, courts-métrages, vidéos clips et séries de télévision.
Son premier court métrage Desde siempre gagne le FICS, est projeté par Canal+ Espagne.
En 2005, elle est élue "Meilleure Réalisatrice de Cinéma Publicitaire du Chili" dans El Ojo de Ibero America. Son travail est mentionné dans divers médias (Cahiers du Cinéma, Cinemanía, ou encore MTV).
Son court Blokes est projeté au Festival de Cannes 2010 et a participé à de nombreux festivals tels que INYFF en 2010, Sundance, Berlin, Miami, et San Francisco en 2011.