Après Illusiones opticas, son deuxième long-métrage, Bonsái, a ainsi délicatement séduit les spectateurs du Festival de Cannes 2011 dans la section Un certain regard. Un film où les petits mensonges d'un étudiant le conduisent à être écrivain. Dans une première interview, le réalisateur évoque son Chili et ses souvenirs cinéphiles puis, dans un deuxième temps, évoque son film, sa proximité avec l'écrivain Alejandro Zambra dont le livre a inspiré le scénario et la "philosophie" du bonsai : non pas une réduction de la Nature mais un concentré de son architecture.
Cristian Jimenez :
" Tous les films qui ont émergé dans les années 60 au Chili, avec Miguel Littin, mais aussi Raul Ruiz, Aldo Francia, Patricio Kaulen, Pedro Chaskel et beaucoup d'autres, sont la pierre angulaire sur laquelle est bâti le cinéma actuel du Chili. J’ai pour eux un grand respect et beaucoup d’admiration. Mais il est clair que le mouvement actuel a d'autres particularités. Mon film est très différent de La Nana, au contenu social explicite, au jeu réaliste, sans musique et filmé caméra à l'épaule.
Bonsái est une fiction pure et dure. C'est un hommage au mensonge, à la fiction et à l’artificiel, avec beaucoup de musique et d’humour."
Cela commence sur un ton pince-sans-rire : une voix off nous explique en ouverture qu'à la fin du film le héros sera encore vivant, mais pas l'héroïne ! Cynisme, ironie, mélancolie : adaptant un roman d'Alejandro Zambro, le cinéaste mène son film sur un ton toujours en léger décalage. Sensuel et drôle, imbriquant étrangement les époques et les lieux, Bonsái se place aussi dans le sillage ironique (mais pas trop) de l'héritage proustien.
"Plutôt que l’accumulation progressive des événements et le développement d’une seule histoire dans le temps, explique Cristian Jimenez, je m’intéresse aux contrastes; il y a deux villes, deux moments distincts de la vie d’une personne, deux femmes, deux énergies, deux couleurs dominantes. Je pense qu’on se sent ainsi plus impliqué dans la recherche des différences et des similitudes entre le jeune Julio et sa version adulte.
C'est le vieux problème de l’identité : est-on la même personne au fur et à mesure que les années passent ? Dans la vie, le temps ne va que dans un sens : vers l’avant.
Dans la fiction, l’histoire peut alleraussi bien vers l’avant que vers l’arrière. Et dans ce cas, avec les années écoulées et la naissance d’un nouveau point de vue, cela permet à un même événement de se charger d’une émotion nouvelle."
Ci-contre une sélection des films chiliens à voir en vod sur Universciné.
Découvrez aussi le cinéma chilien à travers l'interview de ses auteurs :
Carmen Castillo, dans la beauté de l'engagement politique (Rue Santa Fé)
Patricio Guzmán (Salvador Allende, Nostalgie de la lumière)
Sebastián Lelio (La Sagrada Familia, Navidad)
Cristián Jiménez (Ilusiones Ópticas, Bonsái)
Nicolás Lasnibat (Tout ce que tu ne peux pas laisser derrière toi, Une nouvelle danse, Trente ans)
Pablo Larraín (Tony Manero, Santiago 73, No)
Pedro Peirano (Les Vieux chats, La Nana)
dont les films sont encore inédits en France mais sont au programme du Festival chilien du Nouveau Latina.
Cliquez ici pour le programme complet du festival chilien au Nouveau Latina (Paris 4e)