Jeunesse dorée est un voyage à la découverte de soi-même ?

Oui, une histoire de "construction". Ces filles sont, au niveau affectif, un peu déstruc­turées. Elles sont blessées par ce qu'elles vivent et par leur passé. À leur âge, on ne sait pas encore si elles pourront se construire de manière satisfaisante. Heureusement, elles sont dans un "passa­ge", entre la grande adolescence et le début de l'âge adulte. Optimisme donc.

Gwenaëlle a 17 ans…

Elle est butée, fermée, introvertie, concentrée, sur la défensive. Tout le mal qu'on lui fait vient nourrir sa force. Elle est calme et droite, froide. Elle a une réelle blessure donc une réelle puissance. Car j'ai choisi de prendre le contre-pied des clichés et de travailler sur l'aspect positif des difficultés. Elle a une violence intériorisée.

Et Angela… elle a 18 ans.

Elle est vive, tonique, violente, enjouée. S'éloigner de la famille suf­fit à sa joie. Elle a soif de tout et semble rayonnante. C'est une autre façon d'être à vif. Ses blessures sont cachées derrière d'épaisses carapaces d'excitation. Elle est affectueuse et pleine d'amour. Grâce à son humour, les choses glissent plus facilement sur elle. Elle a une violence extériorisée. Elles sont comme en per­manence ensemble, même séparées. L'une pense toujours à l'autre. Elles se comprennent, s'acceptent. Elles se rassurent, se tiennent chaud, et ce d'autant plus fortement qu'elles sont de natures opposées.

C’est un film sur l’intimité de leur amitié…

J'aime l'adolescence, sa capacité à passer outre les cloisonnements. Quand les diffé­rences ne sont pas encore un frein mais quand, justement, elles agissent en aimants. Quand les contours de la vie n'ont pas enco­re pris leurs formes rigides. J'aime les divers possibles de cette période qui permet de se construire, se former, mais aussi se fer­mer, s'enfermer dans son univers psychique. J'aime quand les adultes sont encore quelque chose de vague et de lointain… Quand on sait qu'ils ne savent pas ce qui peut bien se passer dans nos têtes. J'aime cette sorte de poésie au quotidien, sans que l'on sache ce que c'est. Cette transformation de chaque minute, ces sens en éveil prêts à capter tout ce qui peut toucher : c'est ça pour moi l'adoles­cence, et c'est ce genre de finesse que le souhaite exprimer donc point de vue des jeunes filles. J'ai une grande reconnaissan­ce envers l'amitié et les rencontres que l'on peut avoir la chance de faire. Elles sont comme des mains tendues dans nos enfances agressées.

Et leur voyage ?

Se déplacer est une très bonne façon de rencontrer les autres. S'extraire de son milieu, aller voir ailleurs comment c'est... Comme pour essayer de comprendre ce qui a pu nous froisser dans notre parcours géographique, essayer de répondre aux questions régulièrement posées : Où vivre ? Comment ? Est-ce que je peux tenter autre chose ? Est-ce que je suis capable briser le cercle ? Et à quel prix ? Un voyage, c’est aussi un appel d'air. Un vent de gaieté, d'espoir, un élan. Dans le film, après le quotidien, (le contexte social et familial, avec le refus ou l'adhésion, la haine ou la compassion, le sentiment d'appartenance ou le rejet, l'amour non formulé...), arrivent les bienfaits d'un voyage. Gwenaëlle et Angela s’y retrouvent libre de leurs mouvements les plus simples. Dans le voyage, le contact avec des inconnus permet de sentir que l'on est encore une personne, de reprendre confiance en soi et de savoir que la vie est possible ailleurs.

Il faut pourtant revenir…

Mais plus fort. En voyage, on apprend à relativiser, à trouver la force de continuer...

La Nature semble aider les deux jeunes filles à s’accomplir…

Je suis une citadine. J'ai toujours vécu en ville. J'aime le béton. Comment et pourquoi est-ce que j'aime aussi le monde rural ? Comment je me suis inventé ma France ? Comment je l'ai regardée afin de pouvoir y voir ce que je pouvais y aimer et ce qui me permettrait de construire ici, moi qui justement n'étais pas dans l'évidence d'être là ? Je porte en moi des mondes diffé­rents, distincts et paradoxalement confondus : c'est ce mélange que j'aborde ici dans un film simple. Je l’ai voulu limpide, lumineux comme un matin de printemps. Avec une certaine dureté mais aussi une grande gaieté. Quelque chose de vif et de tonique, comme la pulsion de vie très forte chez ces adolescentes. Capacité à rire de soi-même, même dans les moments durs. Quand les filles font leur voyage, elles ne sont jamais sorties de leur quartier. Tout leur semble incroyable et beau. Elles ont donc une approche particulière, du coup les autres se position­nent différemment par rapport à elles... Elles sont comme deux oiseaux tombés du nid, et contentes d'être tombées du nid.