" Le cinéma devient pour moi intéressant quand la vie mord sur le cadre de la fiction. Les films urbains des années 1970 de Huston, Cassavetes, Scorsese et de Coppola « respiraient » ce qu’il y avait autour. Leurs images les plus composées étaient pénétrées par une vie insaisissable.

On a tourné pendant quatre mois et demi, en mélangeant les séquences documentaires et celles prévues au scénario, acteurs professionnels et débutants. Nous nous sommes fondus dans la foule que nous avons utilisée pour la figuration avec une équipe restreinte, même si en parallèle, nous avons mis en scène des séquences élaborées, filmées avec des Dolly et des Steadicam.

Quant aux acteurs, ils sont venus plusieurs fois à Rio ces trois dernières années pour s’imprégner de leurs rôles et établir un lien entre leurs vies et celles de leurs personnages. Je voulais que la joie de la découverte et la liberté, qu’on ressent pendant la préparation et le tournage d’un documentaire, rencontrent la rigueur et le plaisir de la narration d’une fiction.

Ça m’a pris près d’un an et demi pour ramener les 300 heures que j’avais filmées à moins de deux. Cette démarche découle directement de la joie que j’avais éprouvée pendant le tournage et le montage de Mondovino et de mon espoir de transposer cette expérience, au coeur d’une fiction.

Les acteurs, par ailleurs coproducteurs du film et collaborateurs très impliqués dans le processus artistique, se sont occupés de la création et de l’entretien de leurs costumes, de leur coiffure et de leur maquillage.

L’équipe n’excédait jamais dix personnes, avec à sa tête, Valéria Ferro, l’ingénieur du son la plus respectée du Brésil et le très talentueux Lubomir Bakchev, le directeur de la photographie franco-bulgare (collaborateur habituel, entre autres,de Abdellatif Kechiche).

L’idée était de donner aux acteurs une visibilité de 360 degrés, avec la ville autour et de former un groupe de travail investi et concentré, de façon à ce que la fiction soit toujours au plus près de la vie à Rio..."