Gémeaux ausculte une famille de la bourgeoisie de Buenos Aires en plein dysfonctionnement, confronté à la relation interdite entre un frère et une soeur. Ceux-ci ou s’ennuient ou font l’amour, ils ont du mal à prendre leur indépendance, à quitter le nid doré et n’y sont guère encouragés par une mère envahissante et un père silencieux consigné aux interstices.

Avec le retour d’Espagne de l’autre fils, accompagné de sa fiancée, les liens fusionnels de la famille se fissurent au fil des préparatifs du mariage et de la grande fête qui suit la cérémonie. Hors de ce cercle restreint, il a désormais la distance nécessaire qui le pose en spectateur des rapports familiaux, il soupçonne les deux jeunes gens de porter un secret… qu’il ne pourra pas éviter de découvrir. L’inceste devient alors le catalyseur de la névrose familiale et le mariage, en quelque sorte, le révélateur.

La caméra accompagne les personnages, elle fait partie de cette famille, et observe dans les moindres détails leur aisance matérielle et leur perte émotionnelle. Elle montre les non-dits, les doubles sens cocasses, les croisements furtifs et la condescendance cruelle du groupe social. Fermé et cyclique comme le mode de vie insulaire de cette famille, le film nous emmène indubitablement vers le dénouement. Au spectateur de se faire son avis. Quant aux personnages, ils ne peuvent que vivre et souffrir dans leur réalité.

Sans juger, Gémeaux parle des amours démesurés, des désirs insatisfaits, des codes brouillés. Un récit qui se construit à partir des frustrations individuelles, sur la peur de la vérité et de la douleur, entre pauvreté affective et luxe bourgeois. Une histoire de destruction qui résonne comme une longue descente au cœur de l’interdit.

Albertina Carri souligne : « Encore aujourd’hui, je me demande si Gémeaux est un film sur l’amour ou sur la mère. Et la seule réponse à laquelle j’arrive est qu’en réalité, ces deux concepts sont à la fois liés et séparés par une ligne aussi ténue qui transcende leurs multiples aspects. Lucia, la mère est un personnage aussi redoutable que vulnérable. Elle incarne le discours de l’endogamie, elle est la plus forte, la plus adorable, la plus faible et la plus dangereuse. Les autres protagonistes l’entourent, la haïssent, l’aiment, commettent l’inceste, partent en voyage, se taisent à jamais, font tout pour se défaire d’elle et tout pour ne pas s’en séparer. »