(ci-dessus, la réalisatrice Pascale Thirode parle de son documentaire Acqua in Bocca, projeté au Festival d'Alès)
L'héroïne d' Une belle fille comme moi de Truffaut, de La Fiançée du pirate de Nelly Kaplan ou encore de La Maman et la putain de Jean Eustache est montée sur scène lors de la soirée d'ouverture en provoquant un élan de sympathie manfeste dans l'assemblée.
« Je suis Nîmoise, mais à côté d'Alès, Nîmes est le trou du cul du monde... » lance-t-elle avec malice et un rien de provocation dans la voix. Applaudissements garantis. Les discours officiels ne peuvent plus rien après ça, mais Thierry Barge et Antoine Leclerc, directeur artistique du Festival, ont déjà bien balisé le terrain. Leur festival s'est placé sous le signe de la liberté, ce qui résume bien, aussi, l'esprit frondeur avec lequel l'actrice à qui l'on rend hommage, a mené sa carrière, tournant sans souci avec Jacques Rivette ou Max Pécas, Philippe Garrel ou Gérard Pirès...
Liberté... de Tony Gatlif, qui mène en toute indépendance sa filmographie, en grande partie consacrée aux gitans, et qui vient présenter son dernier film... Liberté (bien sûr !) avec, en filigrane, les évidents corollaires : égalité et fraternité.En collaboration avec Arte, un débat s'est tenu avec le réalisateur en compagnie de Marie-Christine Hubert, historienne, co-auteur d'un ouvrage de référence , Les Tsiganes en France, un sort à part : 1939-1946, et avec Mathieu Pernot, photographe, dont une expo retrace le travail mené sur plusieurs années.Au coeur de la discussion, des points d'histoire : la réalité violente des «cartes anthropométriques » imposées aux itinérants, la date de « 1946 » qui n'est pas une coquille... et l'explication d'une méconnaissance du sujet notamment en raison du silence entretenu par les gitans eux mêmes dont la plupart ne savaient ni lire ni écrire et qui étaient ensuite réticents à transmettre par oral cette part noire. Puis des questions, nombreuses : comment filmer, dans une fiction, un camp de détention lorsque sont encore vives dans la mémoire le visage des vrais détenus, enfants et adultes, qui figurent sur des photos ? Dans la salle, Esméralda Romanes affirma l'importance du témoignage des enfants et petis enfants de déportés. Son association, Samudaripen, oeuvre pour la mémoire des camps d’internement des tsiganes en 1940. Reste une question, toujours posée, à chaque débat : Que faire ? A chacun sa réponse.Gatlif n'en a pas d'autre. « Tu es médecin et tu vois un camp de gitans de ta fenêtre ? Descends et vois s'ils ont besoin de toi... »
Les possibilités d'itinérances au sein Festival sont presque infinies tant il y a de propositions de films et autant de rencontres possibles, mêmes improvisées, comme celle avec Diourka Medveczky, 80 ans, réalisateur-météorite (deux courts métrages : Marie et le curé-1967 et Jeanne et sa moto-1969, et un long, jamais diffusé en salles, Paul-1968, avec Jean-Pierre Léaud et Bernadette Lafont).
Le réalisateur est bien là, avec des béquilles car il vient d'avoir un accident et racontant, aux côtés du critique André S. Labarthe, cette parenthèse cinématographique dans sa vie de sculpteur... alors même qu'il venait de rencontrer Bernadette Lafont, de l'avoir emmené avec lui à la campagne, loin du monde parisien du cinéma et d'avoir eu avec elle deux enfants. L'actrice a ensuite précisé à quel point le radical Paul, un essai poétique et politique qui fait figure de jolie surprise cinématographique, a redonné incidemment envie aux metteurs en scène de travailler avec elle. Rivette, Eustache, Garrel... sans ce Paul, diffusé seulement dans des festivals d'art et d'essai, « auraient ils seulement penser à moi, dit elle, qui avait encore l'image de la jeune première des films de Chabrol et de quelques comédies grand public ? »A suivre... Paul sera peut-être bientôt réédité en dvd... Des cinéphiles acharnés y travaillent dans l'ombre.
Sinon, il y a bien sûr eu, à Alès, un concert de Toumast (groupe touareg nigerien qui mixe blues-rock et musique traditionnelle), des avant-premières importantes (White Material de Claire Denis, Nénette de Nicolas Philibert...), une imposante sélection de films sur les nomades (on a enfin pu revoir Qui chante là-bas ? de Slobodan Sijan), une lecture de textes littéraires sur le Gard par Bernadette Lafont, une « Nuit du Diable »...
Et même un un documentaire qui nous tient à coeur sur UniversCiné, celui de Pascale Thirode, Acqua in Bocca : projeté à Alès, en même temps qu'à Paris dans le cadre du Cinéma du réel... et disponible sur notre site, en exclusivité, pendant un mois (du 1er au 30 avril). Qu'on se le dise !
Quand la fête des festivals contamine les sites vod....
Philippe Piazzo