"La musique semble avoir rempli mon enfance après la mort de mon père. Quand j'avais 7 ans, ma sœur aînée m'emmena voir mon premier film, Singin'in the rain, que je n'ai jamais oublié. Assis dans l'ombre brune de l'intérieur baroque de l'Odéon de Liverpool et regardant Gene Kelly danser avec un parapluie, je pénétrais pour la première fois dans un univers de magie : le cinéma.

Après cette première rencontre, les comédies musicales devinrent, et sont restées, ma passion.

La plupart des membres de ma famille sont bons chanteurs, moi excepté, et cela faisait partie de la culture de l'époque de chanter en groupe : au pub, à la maison, aux fêtes et aux mariages. Bien sûr, il y avait aussi les disques des stars : Frank Sinatra, Nat King Cole, Guy Mitchell, tous très populaires et tous américains.

Cette éducation musicale, si je puis l'appeler ainsi, eut une telle importance dans ma vie qu'elle constitue inévitablement une part essentielle de Distant Voices, Still Lives. Elle est en fait complètement intégrée à la texture du film. La musique vient constamment en contrepoint de l'histoire, devenant parfois la narration proprement dite. Certaines séquences dépendent entièrement de la musique pour leur structure narrative et leur signification.

Le film rend aussi hommage à une culture radiophonique disparue depuis longtemps. A l'époque, la radio réunissait les gens d'une façon que la télévision n'a jamais su retrouver. Le dimanche après-midi, vous pouviez ouvrir la fenêtre et croire que toute l'Angleterre écoutait la même émission.

Maintenant encore, dès que j'entends les voix de Jean Metcalfe ou de Kenneth Horne, je me reporte immédiatement à la routine d'un dimanche typique de mon enfance : Église à 11 heures, "viande et deux légumes" à 3 heures, ennui d'un morne après-midi jusqu'à l'heure du thé à 6 heures, "friture" à 10 heures et finalement "Top 20" à 11 heures sur Radio Luxembourg. Mes sœurs chantaient pendant les vingt chansons tout en se faisant des mises en pli.

Distant Voices, Still Lives est le portrait détaillé du mode de vie traditionnel de la classe ouvrière qui a marqué mon enfance. C'est aussi un hommage à ma mère, à ma famille, et à une culture depuis longtemps disparue."

 

Terence Davies