Dans Locke (clin d'oeil au philosophe), Steven Knight, scénariste admiré de Dirty Pretty Things (Stephen Frears) et des Promesses de l'ombre (Cronenberg), met en scène un huis-clos hors normes, existentiel. L'omniprésence de Tom Hardy, métamorphosé, seul "en scène" dans la carapace de sa voiture pendant 90 minutes, est un "jeu" qui se confond avec les lumières et les sons.
 
Bel et bien seul, mais confronté à des asauts incessants : ces coups de téléphone qui ponctuent son voyage, et changent sa trajectoire, doucement, puis radicalement.
 
Des voix précises. Son patron, sa femme... Mais qui prennent, dans les replis sombres d'une nuit devenue intérieure, des résonnances fantastiques. Comme dans une histoire racontée à un enfant, qui s'invente les personnages sans jamais les voir, Ivan Locke entre dans une légende dont il est le héros.
 
Les voix, presque fantômatiques, prennent corps en un étrange cortège d'ombres et de litanies. Et, déterminantes, les voilà aiguillons d'un destin à forger soi-même, poussant Locke au bout de ses convictions. Sa conscience s'aiguise en une certitude : la fatalité n'existe pas. Son chemin, lui seul le trace. Il est maître à bord.
 
Prisonnier d'un chaos qui file à toute allure, sur une route de plus en plus fantasmagorique, Ivan Locke accomplit un trajet intérieur entre la libération et l'effroi.
 
Il doit choisir sa destination ? Liberté.
Mais Gare à l'arrivée. L'effroi ?
A moins du contraire.

 

Philippe Piazzo