Après Confidences à Allah, votre premier livre, devenu une pièce de théâtre, le second devient un film. Pourquoi ce désir de cinéma, après l'écriture ?
Je n’ai jamais vraiment su répondre au pourquoi des choses. J’accueille les évènements tels qu’ils arrivent. C’est mon père qui m’a, le premier, encouragé à écrire. Il y croyait bien plus que moi. Puis j’ai rencontré Léo Scheer, mon éditeur, qui m’a présenté Nathalie Rheims, ma productrice. Finalement je laisse le fil se dérouler et je travaille. Mais raconter des histoires reste la chose que j’aime faire par-dessus tout.
C'est votre premier film. Et quelles leçons en tirez-vous ?
L’unique leçon que j’en tire, c’est qu’il faut faire plus confiance à son instinct. Comme un fauve, il faut apprendre à réfléchir avec son nez, son ventre et foncer. Tout sauf la tête ! Je m’en veux de m’être laissée faire parfois, intimidée par une technique que je ne maîtrisais pas mais heureusement j’avais une équipe de producteurs autour de moi qui me rappelait régulièrement pourquoi ils m’avaient choisie. Et ce n’était pas pour mes prouesses techniques mais pour ma patte ! Sinon j’ai adoré torturer le sous texte avec François Cluzet, qui s’est beaucoup investi en amont.
Après Les beaux gosses, Lol, etc... Comment aborder d'un œil neuf un film dont les ados sont les personnages principaux ?
Je ne sais pas, je n’ai pas écrit mon livre puis le scénario en pensant à Lol ou aux Beaux gosses, j’ai simplement raconté une histoire qui me ressemblait et dépeint une bande de copains qui se vannent toute la journée et triturent leur appartenance sociale, culturelle et religieuse. Je ne dis pas qu’on est tous pareils, je dis simplement qu’il vaut mieux se réjouir d’où l’on vient plutôt que d’en tirer une quelconque fierté.
Comment avez vous choisi vos décors ?
J’ai adoré choisir les décors avec mon équipe ainsi que les accessoires. Je suis une malade du détail, dans ma vie de tous les jours et sur le film forcément. Pour moi, le diable est dans les détails. Pour l’appartement, je ne voulais surtout pas refaire l’appartement des Groseilles. Les Pontafiac n’ont pas beaucoup d’argent mais ne sont pas des ploucs, ils ont un appartement chaleureux mais moche.
François Cluzet incarne le rôle titre. Quand avez vous pensé à lui et pourquoi ?
Dès le début. Je ne voulais surtout pas que mon personnage principal soit misérable. Je voulais un homme qui a dégringolé professionnellement, qui fait des ménages et qui se bat pour être un bon père sans culpabiliser de ne pouvoir offrir un iPhone à son ado. Un homme qui ne lâche rien dans l’éducation de son fils pour qu’il fasse mieux que lui. Un homme qui puisse foutre une baffe à son fils lorsqu’il dépasse la limite sans le regretter pendant des plombes. Un homme digne, un bon père de famille avec un boulot difficile dans une société qui ne valorise que l’argent, la consommation, le pouvoir... Il a été mon Michel idéal.
Nanou Garcia explose dans le film. Comment l'avez vous dirigée ?
Nanou est une femme intelligente et a compris très vite combien le personnage de la mère était puissant malgré son immobilisme. Nous avons parlé du personnage, mais on est très vite entrées dans le vif du sujet en écoutant “Je suis une femme d’aujourd’hui” et en jouant la scène ensemble. On avait les mêmes codes, les mêmes mimiques, elle faisait exactement ce que j’avais en tête. Nous avions le même humour, j’ai su que c’était bon. A chaque scène, on se comprenait au quart de tour, ça a été un bonheur de travailler avec elle.
Quelle place occupe le cinéma dans votre vie ? Quels sont vos films de chevet ?
Une place raisonnable. J’aime qu’on me raconte des histoires de toute façon et j’aime en raconter, alors forcément, j’aime le cinéma. Mes films de chevet sont The way we were (Nos plus belles années) de Sydney Pollack, et tous les films avec Barbra Streisand, Yentl, Funny girl, je l’adore, Imitation of life (Mirage de la vie) de Douglas Sirk, Devine qui vient dîner ?, Cléopâtre de Mankiewicz, Fish and chips, Do the right thing de Spike Lee... J’aime énormément Jim Jarmusch, Ken Loach et Roman Polanski.