Vous avez beaucoup travaillé avec Christophe Honoré, c'est votre sixième collaboration ensemble, que représente le film Les Bien-Aimés, à votre avis, dans sa filmographie?
Les Biens-aimés c'est une synthèse de tous les films de Christophe Honoré. Et pourtant il n'a pas beaucoup marché. Les Chansons d'amour au contraire avait beaucoup mieux marché surtout par rapport au budget du film. Les Bien-aimés a coûté plus cher et a connut un moins bon succès en salle. C'est dommage.
Ce budget un peu plus conséquent vous a-t-il permit d'aller plus loin dans les décors?
J'ai fait plus de choses oui. C'était sur des pays différents, des époques différentes, c'est sur qu'on va plus loin selon la demande qui est faite... Mais avec Christophe Honoré, c'est jamais spectaculaire. On est toujours dans la justesse, dans l'idée de réalisme.
Cette idée de réalisme se pose t-elle toujours?
Avec Christophe Honoré, toujours! Je crois qu'il a besoin de ça. Ça va loin chez lui, même pour les repérages, il faut que les lieux soient logiques. Alors qu'au cinéma, c'est pas une préoccupation importante. C'est une question de raccord, le personnage ouvre une porte et se retrouve dans une autre pièce, qui est en réalité à des centaines de kilomètres du premier lieu. Mais c'est important pour Christophe Honoré. Tout doit être vrai... l'appartement doit être dans la rue où l'on a filmé... Il a besoin de relier les éléments ensemble. On se passe d'un atout du cinéma qui rend mon travail plus difficile et c'est assez frustrant. Mais pour lui c'est important. Sans ce rapport au réalisme, il a la sensation de tricher. Ça se voit même sur le plateau où Christophe ne supporte pas de voir un projecteur, on a jamais une installation de lumière très poussée. On se contente de l'essentiel sur le plateau.
D'où le fait de ne tourner qu'en décors naturels....
Christophe ne tourne jamais en studio. Et je pense qu'il ira de moins en moins vers le studio. Il a l'impression qu'en studio, on a toujours besoin d'être absolument crédible, de ne surtout pas trahir qu'on est en studio. Moi, je rêve d'aller en studio! On a l'idée de super-réalisme qui bloque le tournage en studio. Alors que tout est possible en studio, c'est toi qui décide. C'est pas le lieu qui t'impose... Mais je pense que c'est justement ça qu'à besoin Christophe. Christophe a besoin de se mettre dans des lieux compliqués. Il a besoin d'être surpris par les choses, même si elles contiennent des contraintes. Et pourtant ce qui est étrange, parce que certains décors réels, il les filme comme du studio, ça fait faux. Comme par exemple, la chambre d'hôtel à Montréal. Christophe a besoin d'aller au Canada. Pour filmer une scène qui au final fait faux et aurait très bien pu être filmé ici, en studio...
Vous vous-êtes inspirés de films, de photos ou de textes pour représenter le Paris des années 60?
Je ne crois pas qu'il y ait des influences précises dont on s'est inspiré... Enfin il y a toujours les films de Truffaut avec La Sirène du Mississippi par exemple. Mais Christophe Honoré m'avait dit que là encore il ne voulait rien de spectaculaire, que le décor n'était pas un personnage en soit, qu'il fallait juste le coller à l'histoire. En préparation, (les choses ont un peu changés ensuite), les époques ne devaient pas être marqués à la décoration. L'idée était que les costumes et les coiffures marqueront assez l'époque. Le décor ne devait donc pas être trop appuyer. Puis, Christophe Honoré s'est bien rendu compte que le décor devait être un peu plus marqué, rien que dans l'idée de mettre des voitures des années 60 dans la rue. Pour ma part, j'essaye de faire des décors intemporels, d'éviter les clichés des années 60 et de chaque époque d'ailleurs. Ce que j'aime, c'est mettre des objets antérieur à la date dans laquelle à lieu la scène : une télévision des années 50... Ça crée vraiment un espace réaliste. Il ne faut surtout pas coller qu'à une seule époque. Il faut juste éviter les d'anachronismes.
Avec Christophe Honoré, on s'est échangé beaucoup de photos sur internet, des photos de magazines, d'autres trouvées sur internet... souvent des détails. Chacun rebondis.
Les décors sont intemporels et c'est surtout par les costumes qu'est montré l'époque...
Tout à fait. Et c'était vraiment une envie de Christophe Honoré. L'espace-temps devait passer par les costumes et si on ne comprends pas il y à un carton pour indiquer la date et le lieu. Il avait pas envie de dire ça par le décor. Ce qui fait que j'ai très peu discuter avec Pascaline Chavanne, la costumière. On a fait chacun notre travail dans notre coin, sans trop qu'on se montre les choses. Et à chaque fois, on était assez raccord. Comme par exemple les chaussures de Ludivine Sagnier qui sont des chaussures en cuir et qui sont beiges; et moi j'ai mis une valise dans le décor qui était beiges avec des coins en cuir.... C'est là tout le talent de Christophe Honoré : il arrive à nous faire aller dans la même direction.
Comment se passe votre travail avec Christophe Honoré? Quel est l'intérêt de travailler avec quelqu'un que vous connaissez bien?
J'ai l'impression qu'il est de plus en plus lui-même. Ces traits de caractères s'affirme de films en films. Il a jamais été beaucoup là en préparation., à part quelques réunions avec les chefs de poste de deux heures... il a du mal quand même à communiquer son film et surtout à un groupe. L'équipe est déjà très réduite. On sent que gérer toute une équipe est pesant pour lui. C'est pesant pour nous aussi parce qu'on a tous besoin d'être là, on a tous besoin des informations. En préparation, il est peu là, en repérage, il est très peu là... Il m'est même arrivé de choisir des décors sans lui. Mais il est comme ça, c'est sa personnalité. Et sur les films, il est de moins en moins là. C'est aussi pour ça qu'il travaille toujours avec sa première assistante, Sylvie Peyre, qui tempère tout ça, elle relaie l'information entre Christophe et l'équipe. Christophe Honoré s'entoure toujours de la même équipe, il a besoin qu'on le connaisse pour mieux le comprendre étant donné qu'il s'exprime de moins en moins. Mais ça reste difficile, même en le connaissant. On n'est pas dans sa tête et c'est assez stressant quand il arrive sur le plateau et qu'il n'était pas là au repérage. Christophe sais exactement ce qu'il veut. Pendant la préparation, il nous dit les choses essentiels qui fait qui nous cadre puis après il fait vraiment confiance à son équipe. Moi, je fais les décors comme je le sens, en suivant les instructions de Christophe, et en général ça lui va.
Rémy Chevrin a évoquer la scène de billard où il a eu beaucoup de mal a concevoir la lumière et les cadres... Comment s'est passé la création de ce décor?
Voilà techniquement un exemple où Christophe n'est pas venu en repérage. Où je ne suis jamais allé en repérage avec Rémy Chevrin. C'est les absurdités de la préparation où chacun s'est dit « oh, c'est la salle des musiciennes, une salle que tout le monde connait parce que beaucoup de films tournent ici... ça sert à rien qu'on aille en repérage... ». Et en fait, le matin, le billard était un billard français alors que Christophe voulait un billard américain. Alors qu'il avait dit qu'il voulait un billard français mais en pensant que c'était un billard américain... Rémy est arrivé en ne sachant pas où était le billard principal et a découvert qu'au dessus du principal se trouvait un miroir... On aurait du se retrouver entre tous les chefs de poste pour voir s'il y avait un problème et puis s'il fallait cacher un miroir, je l'aurai cacher! Si Rémy ne me le demande pas, je ne peux pas le savoir. Enfin bref, il y a un un mini psycho-drame ce matin là! Il a fallu déplacer les billards alors que ça pèse 800 kilos....
Les metteurs en scène changent-ils souvent votre décor et les objets de place?
Avec Christophe Honoré, ça n'arrive jamais et c'est ce que j'apprécie avec lui. Quand je meuble un décor, il est respecté. La lampe est sur cette table là, sur ce fond de mur là et sur ce rideau là : c'est pas par hasard! Christophe ne change jamais mon décor ou alors de manière imperceptible ou alors il me demande s'il peut changer. Christophe est très respectueux. D'autres metteurs en scènes n'ont pas ce tact là, cette compréhension là. On voit les lampes se balader d'une pièce à l'autre, soit disant parce qu'à cet endroit c'était un peu vide. Puis il la remette sur le décor originel mais ça ne marche pas comme ça! Il faudrait que le décorateur travaille avec la mise en scène qui ne comprends pas tout le temps l'intérêt du décor et de la place des objets mais ça ne se fait pas. Ou alors on peut considérer que c'est le travail de la scripte... Mais moi je n'ai pas le temps, je suis en démontage du décor de la veille et en montage de celui du lendemain...
Vous ne restez pas longtemps sur le plateau, comment s'est déroulé le tournage de votre côté?
Je réalise mon décor, je suis là au début puis je part faire le décor du lendemain. Je reste très peu sur le plateau. Avec Christophe, on est beaucoup dans l'instant. Il y a des scènes qu'on choisi la veille du tournage.... Et en même temps, j'étais toujours dans l'après, je préparais toujours le décor pour le lendemain. J'étais à Prague quand on préparait Paris. J'étais à Paris pendant qu'on préparait Londres... J'avais une équipe à Londres . J'ai vraiment fait avec des équipes différentes, j'emmenai personne avec moi. C'est vraiment une expérience parce que c'est pas les mêmes façons de travailler dans tous ces pays. A Londres par exemple, il y a des Prop Houses, des maisons d'accessoire et de meuble. On trouve des accessoires en proportion hallucinante, sur plusieurs étages, il y a tout un hangar pour les rideaux... Là-bas on ne peux pas ne pas trouver!
Vous avez évoqué les décors à l'étranger et en particulier à Londres avec les Prop Houses.... Comment s'est passé la construction des décors à Prague?
Je suis allé à Prague. Christophe, lui n'y est pas allé. J'ai travaillé avec un décorateur et une équipe là-bas. Et malheureusement, il y a beaucoup plus de scènes de rue et d'invasion russe. Christophe regrettait d'avoir autant coupé. Surtout que dans la version cinéma du film, le Printemps de Prague est juste survolé. Alors qu'on avait filmé la mort d'un manifestant: un soldat un peu paniqué qui tiré sur la foule et touché une personne devant un magasin d'électroménager au plein centre de Prague. Christophe voulait un horloger. Et puis on s'est rendu compte que l'horloger faisait un peu trop caricatural ou film d'époque. On a donc penser a faire un magasin moderne. On voulait montrer un Prague moderne, pas forcément le Prague qu'on imagine. On a fait venir des vraies pièces de musée. Et cette scène amenait quelque chose de plus puisque, Jaromil, entant qu'étudiant en médecine, était directement confronté à la mort, alors qu'il apparaît un peu comme léger, comme un libertin dans la version cinéma. Il y aurait eu une autre lecture du personnage... C'est dommage... Ça doit être la production qui n'a pas voulu d'un mort dans les premières minutes du film...
Vous aimerez tourner un film avec plus de moyen à la production, comme un film américain?
Oui, bien sur! On m'en a beaucoup parlé parce que les équipes tournent. Les tournages américains, c'est trois cents personnes, tout est multiplier par 10 exponentiel x... J'aimerai bien mais je ce que je regretterais c'est que tout est segmenté... Chacun fait son travail de son côté et du coup on a pas la même vision d'ensemble. Alors qu'en France, on l'a du début à la fin. Ça doit être frustrant mais oui ça m'intéresse. Et puis ce serait certainement un tournage en studio. Le tournage en studio oblige de travailler beaucoup à la préparation du film. En studio, on est obligé de se poser plus de question en amont. Il ne faut pas construire des choses inutiles. Le décor doit servir des réels besoins....
Il ne faut pas faire toujours la même chose. Il faut des challenges à chaque fois, sinon si on refait ce qu'on sais déjà faire, il n'y a aucun intérêt, et en plus on s'ennuie à force. On fait pas ces métiers là pour ça!