> Port-La Nouvelle

"C'est Patrick Durand, l'un des chefs décorateur du film, qui m'a orienté vers Port-La Nouvelle.Je cherchais vraiment ce genre de lieux, dont on ne puisse pas savoir s'ils se situent en France ou ailleurs. L'histoire et les personnages avaient besoin d'un endroit assez fort mais pas connoté, afin que l'histoire soit davantage universelle.

Je voulais aussi que le lieu du tournage puisse rassembler tous les décors sur un petit péri­mètre, cela afin de se concentrer sur les acteurs plutôt que sur les problèmes matériels et logistiques... Là encore, Port-La-Nouvelle était l'endroit idéal. On y trouve des univers très variés : le côté villégiature avec la plage, des petits hôtels, une côte un peu bétonnée mais pas trop, la zone industrielle... Il y a aussi cette piste de sable totalement désolée que l'on voit à la fin du film."

> Filmer le présent

"La violence de la disparition de Richard appartient au passé mais elle est tellement inscrite dans chacun des personnages qu'elle contamine leur quotidien. C'est pour ça que je pou­vais me permettre de ne filmer que le présent. La mélancolie vient sans doute de là, d'un passé qui ressurgit presque malgré soi. J'ai essayé de traduire ce sentiment par tous ces regards qui se cherchent, qui se perdent et qui se trouvent aussi.La douceur vient sans doute de l'organisation des dialogues.

Au tournage, on sentait bien que le texte ne pouvait pas se dire trop vite. Et cependant avec Simon Jacquet, mon monteur, nous sommes allés à l'envers de cela: nous avons essayé de faire quelque chose d'assez dynamique. Le personnage de Thomas ne cesse d'avancer dans le film. il arrive dans cette ville, il décide de vendre la maison tout de suite, il finit assez rapidement par enterrer son frère... Thomas sait qu'il ne peut plus faire machine arrière. Nous avions envie de ce dynamisme-là pour contrebalancer le rythme plus lent de certains dialogues."

> Les affaires du mort

"Dans le livre d'Arnaud Cathrine, La Route de Midland, le héros transporte le cadavre de son frère dans sa voiture. Dans le film, c'est un sac contenant les affaires du mort qu'il trimballe avec lui. L'aspect symbolique me paraissait plus riche. Ce corps reste certes invisible tout le long du film - mis à part ces quelques secondes au début - mais cela ne l'empêche pas d'être au centre de la vie des protago­nistes. Le film parle aussi de ça, me semble-t-il : du monde de l'occulte, des non-dits, du silence, de l'absence.

Au début du film, tous les personnages sont arrêtés. Ils sont tous en attente de Richard, la pièce manquante de l'histoire. Plus personne ne peut avancer mais ils convergent tous vers ce manque et, progressivement ils se rencontrent, se reconnais­sent. J'ai l'impression que c'est comme ça dans la vie . on reconnaît ses amis et ses amours comme nous appartenant. On se dit "Eh bien voilà, lui, fait partie de moi !" Et ça ne s'explique pas."