Dans ses précédents films, Noah Baumbach a traité de l’angoisse qui s’empare des enfants de parents divorcés (Les Berkman se séparent), de la relation complexe qui lie deux sœurs (Margot va au mariage), du sentiment d’échec d’un privilégié (Greenberg) ainsi que d’une jeunesse exubérante et en quête de sens (Frances Ha). Dans chacune de ces histoires, le réalisateur s’est attaché aux tranches de vie les plus extrêmes et absurdes que peut traverser un être humain. Il continue sur cette lancée avec While we're young relatant l'histoire de deux couples new-yorkais formant un improbable quatuor d’amis. Josh et Cornelia ont la quarantaine et se débattent constamment avec leur décision – à leurs yeux rationnelle – de ne pas avoir d’enfants. Josh, lui, peine depuis dix ans sur un projet de documentaire de six heures. Tous deux s’en sortent plutôt bien, mais ce n’est pas exactement ce dont ils rêvaient.
Jamie et Darby quant à eux sont des hipsters d’une vingtaine d’années: ils mènent une vie confortable dans leur loft, produisant leur propre glace artisanale, chérissant leurs vinyles et leurs machines à écrire, menant une existence au look rétro plutôt séduisante et à mille lieues des folies numériques. Ils sont le symbole même de la spontanéité imprévisible, de l'insouciance.
Noah Baumbach explique ainsi que l’histoire de While we're young est née de la conjugaison de deux thèmes proches : d’une part, la dynamique des rapports humains – mariage, amitiés, interactions entre les deux – propres à notre époque; d’autre part, la confrontation à l’idée troublante d’être devenu un cinéaste «établi», laissant aux artistes plus jeunes le privilège de l’avant-gardisme : «Cela fait longtemps que j’avais envie d’écrire sur l’interaction entre deux couples très différents et sur la dynamique qui en résulte. Sommes-nous les mêmes dans l’intimité du couple que lorsque nous sommes en couple et en société? Bien sûr que non. Tout dépend des gens que l’on a en face de soi. C’est ce que je voulais montrer dans ce film. Et si je me suis intéressé à ces couples en particulier, c’est parce que j’ai réalisé que, dans ce genre de circonstances, je n’étais plus le plus jeune de la bande. »
Parmi les sources d’inspiration du réalisateur figure notamment Solness le constructeur, une pièce de 1873 écrite par Henrik Ibsen dans laquelle un architecte vieillissant se sent dépassé par la nouvelle génération tout en étant fasciné par une femme bien plus jeune que lui.
Dans son processus d’écriture, Noah Baumbach a pour habitude de développer les relations entre les personnages avant de s’attaquer à l’histoire proprement dite. Il précise : «La façon dont les êtres humains se comportent physiquement et verbalement entre eux me fascine. Je commence souvent un scénario par des dialogues et c’est à partir des répliques que je trouve mes personnages. Pour ce film, tout est parti de Josh et de Cornelia. J’aurais pu imaginer une version de l’histoire où leur couple bat de l’aile, où leur amour s’est évaporé, mais cela m’intéressait davantage de partir d’un couple qui s’entend bien – trop bien, justement. A priori, tout colle entre eux, ils vivent ensemble agréablement. Sauf qu’ils ont besoin d’un choc, d’un bouleversement de vie, ce dont ils sont certainement conscients au fond d’eux-mêmes. Ils sont en quête de nouveauté, sans savoir précisément quoi, et c’est ce qui les attire chez Jamie et Darby.»
Ainsi pour le réalisateur, son personnage Josh est le genre de cinéaste à rêver de marcher sur les traces des frères Maysles, de Frederick Wiseman ou de D. A. Pennebaker, mais il s’est abîmé dans une spirale de névrose perfectionniste : «Josh est coincé. Et même si sa femme est la fille d’un documentariste célèbre, il refuse la moindre aide car il veut réussir par lui-même. Josh a cette fâcheuse tendance à se lancer dans des quêtes chimériques qui ne mènent nulle part. »
While we're young a été entièrement tourné à Brooklyn, à Manhattan et dans le nord de l’État de New York. Le New York filmé par Noah Baumbach est tout sauf mythique. Il est la toile de fond concrète de l’univers social et artistique de ses protagonistes : les lieux où évoluent les personnages sont autant le reflet des générations que leur manière de s’habiller ou leurs goûts musicaux.
L’action du film se déroule principalement non pas à Manhattan mais à Brooklyn, un quartier envahi par les hipsters barbus et par des professionnels fuyant les coûts exorbitants de Manhattan. Le quartier de Bushwick (Brooklyn), jadis occupé par la classe ouvrière, grouille désormais de galeries d’art et de bars à cocktails entassés sur moins de 2,5 km2. Pour Noah Baumbach, qui a grandi à Park Slope, bien avant que Brooklyn ne devienne branché, c’était un retour aux sources stimulant.
L’esthétique et la bande son du film ont été élaborés avec un souci du détail constant. C’est ainsi que la bande originale, supervisée par James Murphy du groupe LCD Soundsystem (déjà à l’œuvre sur Greenberg), inclut des artistes aussi variés que Vivaldi, Paul McCartney (avec une réinterprétation de « Nineteen Hundred and Eighty Five » de l’album Band of The Run), David Bowie, A Tribe Called Quest et HAIM.