Paris 7 février 2007...

Palais de justice de Paris, 7 h du matin. Les forces de l'ordre sont sur les dents... Devant les grilles, la foule des grands jours... A l'intérieur, dans la salle des pas perdus de la XVIIème chambre correctionnelle, des centaines de journalistes venus du monde entier et des dizaines de chaînes télés (françaises et étrangères) sont sur le pied de guerre... Ils attendent les trois coups du procès intenté par la Mosquée de Paris, l'UOIF (Union des Organisations Islamiques de France ) et la Ligue Islamique Mondiale contre l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo coupable à leurs yeux d'avoir reproduit trois caricatures du prophète Mahomet. Un dessin qui représente le prophète avec une bombe dans son turban... Un autre : plusieurs terroristes qui arrivent encore tout fumant au paradis et à qui le prophète lance : « Stop ! le stock des vierges est épuisé » tous deux parus dans un journal danois, le Jyllands-Posten. Il y a aussi le dessin de Cabu, en Une de Charlie Hebdo : « Mahomet débordé par les intégristes » et qui s'exclame effondré la tête entre les mains : «C'est dur d'être aimé par des cons... ».

Murmures, mouvements de foule...

Dans la salle d'audience, les ténors du barreau font leur entrée. Pour les plaignants, Maître Szpiner, le « conseil » de Jacques Chirac est l'avocat de la Mosquée de Paris. Avec lui, trois autres avocats engagés dans l'affaire. Pour Charlie Hebdo, Maître Kiejman, ancien ministre de François Mitterrand. Il est assisté de Richard Malka. Derrière le Président et ses assesseurs, les dessinateurs de Charlie, Cabu, Riss, Charb, Wolinski. Sur le banc des accusés, Philippe Val, le patron de Charlie. Dans le public, Cavanna. Le procès va durer deux jours. Deux jours pendant lesquels, les témoins viendront dire à la barre pourquoi ils sont là. Sont annoncés, Flemming Rose, François Hollande, François Bayrou, Elizabeth Badinter, Claude Lanzmann, Mehdi Mozaffari, Mohamed Sifaoui, Denis Jeambar etc. En tout, une douzaine de témoins français et étrangers.

Un grand débat, avec des acteurs à la hauteur des enjeux...

Liberté de la presse contre délit de blasphème ! Coups de théâtres, effets de manches, échanges musclés, verbalement s'entend, dans la salle d'audience les bons mots fusent : « Il faudra vous habituer » lance Maître Szpiner « nous ne sommes plus les indigènes de la République ». « Nous n'avons pas de leçons à recevoir de vous » répond Maître Kiejman « Vous avez organisé des manifestations contre les caricatures, vous n'en avez jamais organisées contre Ben Laden ».

L'humour, le meilleur antidote contre la peur quand la peur fait oublier les grands principes... « Nous ne réclamons pas de passe droit » poursuivent les avocats des plaignants, « nous exigeons seulement la fin du deux poids deux mesures et l'égalité de traitement avec les autres religions ». Richard Malka évoque alors les 20 procès intentés par les « chrétiens », tous gagnés par Charlie Hebdo. Il montre les caricatures incriminées, ou encore la Une de Charlie « Bienvenue au pape de merde ». La salle se tord de rire : « Vous voulez vraiment une égalité de traitement ? » poursuit Maître Malka. « Jusqu'à maintenant, le traitement réservé aux chrétiens dans les pages de Charlie est dix fois plus injurieux que celui réservé aux musulmans. Mais si c'est ce que vous voulez, alors méfiez-vous, on va vous prendre au mot ».

Un enjeu Universel.

Considéré à tort au départ comme une affaire française, le procès se transforme très vite en enjeu planétaire avec au bout la réponse par le droit aux tentatives des extrémistes musulmans d'imposer par la force leurs interdits religieux. Après l'affaire Idoménée en Allemagne, le meurtre de Théo Van Gogh aux Pays Bas, après le renoncement de l'Europe à défendre ses principes quand au moment fort des caricatures danoises, ses ambassades étaient mises à sac au Proche Orient, ce procès est un test pour la France, pour l'Europe, pour toutes les démocraties.