A Berlin : il présente Camille Claudel 1915 avec Juliette Binoche. Une vision nettement plus sèche et dépourvue du lyrisme qui entourait la version Adjani de 1987 filmée par Bruno Nuytten. C'est aussi que le film n'entend pas reconstituer ni la vie de la sculptrice ni ses amours (dans le Camille Claudel de 1987, la passion vécue avec Rodin est au coeur du récit) mais donne à partager un instant : trois jours, pas plus, d'une vie saisie comme un instantané.
Le film de Dumont commence quand celui de Nuytten s'arrête. C'est le frère de Camille (Paul, l'écrivain) qui prend le relais de Rodin. Il doit rendre visite à sa soeur, enfermée dans un établissement psychiatrique (de vrais malades entourent l'actrice). Et c'est, suggère le film, la poésie qui vient rendre un hommage fraternel et amoureux, desespéré, et même littéralement dément, à la sculpure. Le verbe insaisissable dont le mouvement se fige dans la pierre. Pour raconter ces impressions en cinéma, Dumont poursuit son travail d'épure. Le visage, volontairement énigmatique, de Binoche sert de toile pour la projection. Travail de neutralisation des affects. C'est une radiographie morale que Dumont livre (on pourrait parler d' "âme", pour s'ajuster avec la spiritualité que cherche à atteindre le cinéaste de La Vie de Jésus, L'Humanité et Hors-Satan), s'appuyant sur le corps et les expressions de l'actrice en qui il voit, dit-il, une correspondance intime entre la Camille de 1915 et la Juliette de 2013. Plus que le premier film de Dumont interprété par une star, c'est peut-être plus justement le film d'une star qui, après Hou Hsiao-hsien (Le Voyage du ballon rouge), Kiarostami (Copie conforme) et des passages éclairs chez Cronenberg (Cosmopolis) ou Ferrara (Mary)..., a plus que jamais besoin d'un regard singulier pour exister pleinement.
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