Personnages. Dans presque tous mes films, mes personnages sont dans des périodes de transition, de crise existentielle, d'adolescence, de déplacement dans l'espace. C'est dans ces moments là, je crois, que se posent les questions les plus fondamentales. On est dans une sorte d'état d'apesanteur qui nous oblige à repositionner nos valeurs et nos racines.

Autobiographique. L'aspect le plus autobiographique est le contexte familial, sa structure et sa situation socio-économique. Un père polonais, juif apatride. En revanche, l'histoire est beaucoup plus de l'ordre de la fiction.

Genèse. Emporte-moi était en gestation depuis longtemps parce que dans plusieurs de mes films la thématique de l'enfance est sous-jacente, l'absence de la mère est récurrente, la quête de l'identité féminine aussi. En faisant ce film, je plonge au cœur de la source créatrice de mes films. On peut, dans celui-là, comprendre beaucoup de choses des précédents.

Déclic. J'ai adopté ma fille il y a trois ans. Devenant mère tardivement, cela a requestionné toute une période de ma vie, et surtout mon propre rapport à ma mère. Cela devenait nécessaire pour moi et en même temps j'avais envie de transmettre quelque chose sur ces générations de femmes. Cela faisait longtemps que je portais ce film mais je ne me sentais pas vraiment prête jusqu'à l'an dernier. Je voulais faire un film très tendre sur l'adolescence. Si je l'avais fait au début de ma carrière, j'aurais peut-être été plus virulente.

Inspiration. Etonnamment, ce n'est pas tant le cinéma qui m'inspire, mais plutôt la musique, la chanson la peinture et la poésie, arts dans lesquels il y a encore énormément d'espaces à remplir. J'ai également de plus en plus besoin de me nourrir du quotidien, de la vie des autres. J'ai fait des documentaires qui ont beaucoup influé sur mes fictions (...)

Anna Karina. Je cherchais un personnage emblématique féminin, dans le domaine du cinéma, auquel mon héroïne pouvait s'identifier. Ce qui m'intéressait dans Vivre sa vie de Jean-Luc Godard, c'est que le personnage de Nana portait à la fois quelque chose de très positif pour la petite, par la thématique de la responsabilité et le plaisir du cinéma, mais également quelque chose de plus négatif, à cause de la prostitution, et un rapport trouble à la sexualité. Qu'elle puisse aller chercher dans le personnage ces deux extrêmes me semblait bien expliquer l'adolescence. J'aimais bien ça dans le film de Godard, en plus que c'est une femme sublime, filmée de façon extraordinaire. Elle avait toutes les qualités pour aider ma trame narrative.

Qualités d'un metteur en scène. Beaucoup de psychologie, car on fait pas mal de thérapie sur un plateau. Un regard, sur la vie, sur les choses. On l'aime ou on l'aime pas, mais il faut avoir le courage de l'assumer. La constance aussi, la persévérance, ne pas céder aux modes. Je crois en la construction d'un univers, sur la durée. Et une vraie sensibilité humaine.

 

Propos recueillis par Philippe Lagouche pour La Voix du Nord