" Voilà bientôt 10 ans que j’ai commencé à écrire ce film, à peu près au même moment où j’ai commencé à écrire mon premier long-métrage. C’était un matin tranquille, où, comme d’habitude, je survolais les nouvelles, me préparais à écrire. Et puis, presque par hasard, est apparu sur mon écran, dans des résultats d’un moteur de recherche, le nom de « Johnny et Luther Htoo », deux jumeaux d’une dizaine d’années devenus des figures sacrées pour le groupe de rebelles qu’ils guidaient spirituellement et stratégiquement. Ils étaient des fumeurs à la chaîne et des légendes disaient qu’ils avaient 250 000 soldats invisibles à leurs ordres... C’est ainsi que j’ai débuté mes recherches sur les enfants soldats et leur monde imaginaire.
Au fil des ans, un scénario est né, un scénario qui tenterait de porter hommage aux vrais héros de l’Afrique, ces héros qui ne sont pas toujours des occidentaux venus « sauver » des victimes sans défense, mais plutôt des hommes, des femmes et des enfants dont la résilience humaine parvient encore et toujours à vaincre les drames de la guerre... Et pour ce faire, il fallait aller tourner ce film dans un des endroits les plus paradoxaux sur Terre : Kinshasa, en République Démocratique du Congo.
C’est donc avec une bande de fous, prêts à l’aventure, que nous sommes entrés dans ce monde parallèle qu’est la RDC, un univers à la limite du réel, en constante mutation, rempli de paradoxes extrêmement puissants. Même si notre récit ne se situe pas spécifiquement au Congo, les parallèles entre le pays et Rebelle sont omniprésents. C’est un film entre rêve et réalité, c’est un drame en constante mutation, et c’est un film rempli de paradoxes.
C’est pour cette raison qu’il m’est rapidement apparu impossible de tourner le film ailleurs qu’au Congo sans risques de ramollir l’objet final, de le diluer. Le choix de tourner dans ce pays, c’est aussi à cause de Rachel, cette fille de la rue que nous avons découverte, un talent brut de comédienne, j’oserais dire une parmi des millions.
Avec ce film j’avais envie de briser les codes de mes précédents films et de tourner les scènes comme s‘il n’y avait pas d’avant ni d’après, comme si seulement le moment présent était réel. J’ai imposé aux comédiens qu’ils ne lisent pas le scénario avant le tournage, et nous avons tourné le film en continuité temporelle.
Ainsi, les comédiens ne savaient jamais ce qui allait arriver à leur personnage le lendemain... Il fallait pour cela une grande confiance de leur part, et c’est à travers ce processus que j’ai découvert le courage des femmes et des hommes congolais, prêts à s’abandonner, à risquer tout pour un projet collectif auquel ils croient. Au fil des jours de tournage, j’ai aussi décidé d’imposer la même spontanéité à l’équipe de tournage à certains moments choisis.
“Alors Kim, c’est quoi le plan qu’on tourne?”
“Je sais pas. Mais par la caméra, il va se passer quelque chose...”
Après le premier instant de panique, on y a pris goût, la spontanéité du moment devenait une drogue à laquelle on voulait s’accrocher..."
Kim NGuyen