Vous montrez un aspect de la Côte d'Azur que l'on voit rarement au cinéma...

Je suis Antibois et j'ai tourné presque tous mes court-métrages dans cette région. Ce qui m'intéresse c'est que l'on ne montre jamais cette architecture typique des années 1960. Je voulais aussi tourner sur la Côte d'Azur pour montrer quelque chose de grave dans un décor où il fait toujours beau. Il y a la mer, les plages, tout semble paradisiaque. Je voulais montrer ce qui se passe derrière la promenade, sous les galets.

Comment avez-vous construit le personnage de Michel Matarasso ?

Matarasso est un homme qui va au bout de son obsession. Il n'a aucune distance par rapport à lui-même. Il vit son histoire à fond. Pour moi, ce n'est pas un fou. Je suis très tolérant à l'égard de mes personnages. Ils peuvent franchir des lignes jaunes sans problème. Ils sont pardonnés. En cherchant l'amour, il s'est perdu et cherche la rédemption. A l'instar de Michel, le Pickpocket de Robert Bresson, ou le Bad Lieutenant d'Abel Ferrara, ou encore le lieutenant Laura, d'Otto Preminger, qui construit un univers à partir d'un inconnu.

Comment avez-vous choisi Chiara Caselli ?

C'est compliqué. Comme c'était un personnage qui n'existe que dans le fantasme de cet homme, je voulais une femme assez terrienne, une "girl next door". Il fallait qu'on connaisse son nom, son prénom, son métier, ses parents, et que la relation Sandra-Matarasso soit surtout charnelle.

Comment avez-vous dirigé Daniel Duval ?

Il a interprété Michel Matarasso au premier degré. Dans la scène où il raconte sa "rencontre" avec Sandra à sa belle-mère, il est heureux et oublie tout le contexte. Il a un côté enfantin, décalé, parfois pathétique. J'aurais été très ennuyé si Daniel n'avait pas pu faire le film. Je n'imaginais personne d'autre que lui dans le rôle. Il fait partie de ces comédiens à qui il suffit de s'asseoir sur une chaise, et déjà, il se passe quelque chose. Je le filme dans tous ses états, en maillot, en train de courir, de se réveiller; c'est un peu un documentaire sur lui.

Comment avez-vous travaillé la lumière du film ?

La lumière du film est très particulière. Très réaliste dans les scènes fantasmées, et, à l'inverse, très contrastée dans les scènes réelles. J'avais envie de faire des scènes irréelles dans la réalité et réelles dans le fantasme, avec l'idée qu'on allait exploiter en permanence le contre-jour. On cherchait le soleil et on se mettait devant.

Par contre, quand Matrasso retrouve Sandra sur le bord d'un fleuve, c'est tellement quotidien qu'il fallait que la scène soit très ancrée dans le réel, au milieu des cités. J'adore cette lumière de septembre-octobre sur la Côte d'Azur. Avant le tournage, j'avais dit à la chef décoratrice et au chef opérateur : " imaginons qu'on est en 1976 à Los Angeles ".