En seulement trois ans, Molly Manning Walker s’est imposée comme l’une des représentantes majeures de la nouvelle génération de réalisatrices britanniques, aux côtés de Charlotte Wells (Aftersun), Charlotte Regan (Scrapper), Rose Glass (Saint Maud) ou encore Charlotte Colbert (She Will).
Après plus de dix ans à travailler comme directrice de la photographie, son premier long-métrage, How to have Sex, a remporté le prix Un certain regard à Cannes 2023. Trois ans plus tôt, son court-métrage Good Thanks, you? avait déjà été présenté à la Semaine de la critique.
D’un film à l’autre, la réalisatrice explore les mêmes thématiques : la question du consentement, l’agression sexuelle et la gestion du traumatisme, l’après. Tout en restant toujours au plus près de ses personnages féminins.
“Best holiday eveeeer”
S’inspirant de sa propre expérience (ses voyages entre amis plus jeune, mais aussi l’agression qu’elle a subie à l’âge de 16 ans), Molly Manning Walker raconte dans How to have Sex les premières vacances entre copines de Tara, Skye et Em. Les trois jeunes Anglaises vont fêter la fin de leurs examens en Crète, à Malia, ville de perpétuelle fiesta. L’occasion pour elles de faire de nouvelles rencontres, et pour Tara, de se débarrasser de sa virginité qu’elle porte comme un fardeau, sous la pression de ses amies.
Loin du teen movie à l’ambiance springbreak que pouvait laisser présager son titre, How to have sex est en réalité un sombre récit d'apprentissage, une expérience sensitive réaliste sur les excès de l’adolescence et les premières fois. La réalisatrice y explore les stéréotypes de genre, la pression sociale qui pèse sur les adolescents et les jeunes adultes, mais aussi l’amitié féminine, entre rivalité et sororité.
Derrière le gloss, les paillettes, les projecteurs des clubs et la musique assourdissante, Molly Manning Walker met en scène toute la désillusion et la solitude de son personnage principal, Tara (Mia McKenna-Bruce, légitimement récompensée par le Prix de l'étoile montante aux BAFTA). Après une première fois minable sur la plage, au consentement plus qu’incertain, arraché par son partenaire Paddy, Tara erre dans les rues, au milieu des autres fêtards. La mise en scène se fait l’écho de la nausée, du vertige et du trou noir qui assaillent la jeune fille.
Dans une scène miroir, en plein jour, Tara descend la même rue, cette fois déserte et jonchée de détritus, en ce lendemain qui déchante. Le silence assourdissant contraste avec les watts de la fête de la veille : une vraie gueule de bois pour elle, et pour le spectateur. Effacer les larmes, traces de la veille, se démaquiller pour mieux se remaquiller. Ici le maquillage et les robes fluo tiennent lieu de masque social. Sans même savoir s’il s’agit d’une agression, Tara redevient celle qu’on attend qu’elle soit. Jusqu’à cette deuxième scène, dans le calme feutré des draps blancs de la chambre d'hôtel, où le doute n’est plus permis.
“Good thanks, you?”
D’un film à l’autre, le mise en scène de l’agression sexuelle reste la même. Par fragments, en plans serrés, au plus près de ses personnages féminins, pour mieux épouser leur point de vue. Par flashbacks, soumettant le spectateur aux souvenirs et au traumatisme de Tara et Amy sans jamais le placer en position de voyeur.
Ce qui intéresse Molly Manning Walker n’est évidemment pas tant la représentation, nécessaire, de l’agression que la mise en scène de ses conséquences. Et c’est sur ce point que ses deux films et ses deux personnages se font écho et se répondent. Dans le court-métrage Good Thanks, you?, Amy se retrouve seule. Seule face à son copain à qui elle n’ose parler de son agression. Seule face aux institutions froides et culpabilisatrices, quand elle décide de porter plainte. La mise en scène de Molly Manning Walker symbolise ici, par un traveling circulaire, une caméra qui tournoie autour d’Amy et de ses interlocuteurs interchangeables et incompétents.
Submergée, Amy se heurte à un mur d’incompréhension et s’enfonce dans son silence et dans son mal-être. Des mouvements de caméra qui contrastent avec les scènes entre Amy et son ami Lewis. Celles-ci continuent de mettre en évidence l’isolement d’Amy par des cadrages serrés sur les visages et les mains et un jeu sur la mise au point laissant toujours un des deux membres du couple flou. Dans How to have Sex, Tara, elle aussi est seule. Seule au milieu de la foule, seule face à ses amies, seule face à son agresseur, seule face à l’injonction de s’amuser et de faire la fête, toujours.
“We got this”
Si Good Thanks, you? s’achève, sans musique, pas même au générique, à la seconde où Amy s’apprête à révéler son agression à son compagnon, laissant le film en suspens, How to have Sex se termine sur une note plus positive. C’est par la parole que Tara se libère, dans cette scène finale dans les boutiques de l’aéroport, lorsqu’elle avoue à Em que Paddy l’a violée. “We got this” : “on va gérer”. Ces trois mots d’Em à Tara suffisent : c’est la sororité qui est salvatrice, l’amitié qui s’avère le véritable lieu de l’amour dans ce film.
Une allégorie du rôle que peut avoir ce genre de films pour les personnes ayant subi des expériences traumatiques, et qui ne se voyaient pas ou peu représentées à l’écran, les relations amoureuses étant souvent représentées par le prisme du bonheur ou de la violence, mais rarement par celui de l’expérience banale du viol conjugal ou de l’agression dans un groupe d’amis ou de connaissances.
Loin de tout manichéisme et de toute condamnation des hommes, par ces personnages masculins eux aussi soumis aux injonctions sociales, Molly Manning Walker traite d’un film à l’autre des excès ritualisés, de la violence banalisée, de la zone grise du consentement, sans porter de jugement moral ni d’accusations, toujours avec un regard bienveillant envers ses personnages, pour dire à ses spectatrices et spectateurs : “we got this”.
Parce que Molly Manning Walker détourne les codes du teen movie trash (sea, sex and sun) pour explorer, de façon très actuelle, la question du consentement.
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