Introduction
Le 19ème siècle fut marqué par un renouveau du goût pour le monde antique, notamment dans les arts et la représentation du corps, couronné par l’organisation des Jeux Olympiques de 1890 qui consacrèrent la modernité du sport. La création de l’Hakoah apporta un sentiment similaire au monde juif. Fondé pendant l’une des périodes les plus dramatiques et tragiques de l’histoire, l’Hakoah représentait la résurrection du corps juif, comme l’un des véhicules de l’identité communautaire et nationale.
Les débuts
Le principal fondateur fut le Dr Körner, dentiste et l’une des personnalités juives les plus en vue à Vienne. Il fut le second président du club et un grand visionnaire sportif. Il y eut aussi le Dr Fritz « Beda » Löhner, poète lyrique et David Weinberg, le premier à soulever l’idée d’un club de sport juif.
Les premières années du club furent marquées par des dissensions internes à la communauté juive car la majorité influente rejetait l’idée de l’Hakoah, craignant qu’il mette en péril l’intégration des Juifs dans la société autrichienne, et même, qu’il alimente l’antisémitisme ambiant. Malgré les difficultés sociales et financières de l’Hakoah, son prestige grandissait dans toutes les couches de la communauté juive. A ses débuts, l’Hakoah se considérait comme un club autrichien et patriote.
Alors que le club maintenait sa politique en n’acceptant que des sportifs juifs, Körner engagea des entraîneurs britanniques de haut niveau, pour élever le niveau de l’Hakoah aux standards mondiaux.
Plus tard, les tournées de l’Hakoah en Palestine, en Egypte, aux Etats-Unis et dans toute l’Europe, apportèrent une immense fierté aux communautés juives du monde. La tentation de l’argent américain et l’essor de l’antisémitisme à Vienne poussèrent la plupart des sportifs à accepter les offres alléchantes de riches équipes américaines.
La sélection de natation
Tandis que l’équipe de football s’éparpillait, l’Hakoah se concentra sur d’autres sports et principalement vers la section de natation qui domina les sports aquatiques autrichiens de 1922 jusqu’à l’Anschluss. Le club atteignit son apogée avec les succès remportés par les nageuses du club à la fin des années 1920 et durant les années 1930, dans les manifestations sportives les plus populaires d’Autriche. A cette période, le plus grand adversaire de l’Hakoah apparut : le club pro-nazi Ewask, qui tenta sans relâche d’empêcher le succès de l’Hakoah en mettant en doute l’affiliation nationale et la loyauté du club. Au milieu des années 1930, ces tentatives de déstabilisation devinrent plus brutales et de nombreux événements sportifs furent gâchés par des manifestations antisémites violentes.
Face à l’adversité, l’Hakoah garda sa prédominance dans l’eau et les meilleurs jours de la section féminine de natation étaient encore à venir. En 1932, l’équipe accomplit un voyage important, du point de vue sportif et émotionnel, en se rendant aux premiers jeux Maccabiah, à Haifa Harbor en Palestine.
En 1934, une nouvelle star fit son apparition : Judith Deutsch. Au début de l’année 1936, Judith fut le premier membre de l’Hakoah à recevoir le « Golden Badge d’honneur », un prestige qui revient chaque année aux trois meilleurs athlètes d’Autriche. Son statut de héros sportif national fut de courte durée : un an plus tard, elle fut interdite de compétition à vie et tous ses records furent effacés des registres officiels, conséquence directe de son refus courageux de participer aux Jeux Olympiques de Berlin. Ses co-équipières Ruth Langer et Lucie Goldner refusèrent elles aussi de s’y rendre.
Guerre et survie
Le 15 mars 1938, l’Allemagne nazie envahit l’Autriche sans rencontrer de résistance. Les lois de Nuremberg furent appliquées et les autorités firent rapidement dissoudre l’Hakoah. Rassemblant leurs immenses réserves de courage, le Dr Körner, le Dr Rosenfeld et Zsigo Wertheimer engagèrent une opération de sauvetage réussie grâce au soutien des salariés de l’Hakoah établis à Londres. La plupart des membres du club parvinrent à fuir Vienne et l’horreur nazie, pour renouer plus tard leurs liens en fondant la confrérie internationale « Brit Hakoah 1909 ».
Ils perpétuèrent la tradition de l’Hakoah en fondant des clubs Hakoah dans leurs nouvelles patries : à New York, à San Francisco, à Tel Aviv, à Sydney et à Londres. Leur résistance et leur engagement ne suffirent cependant pas à sauver la totalité des membres du club : 39 personnes, parmi lesquelles le fondateur Beda Löhner, trouvèrent la mort dans les camps de concentration.