Qu’est-ce qui vous a séduit dans le sujet de La fille de son père ?

Tout d’abord, j’ai éprouvé un grand plaisir à lire le scénario, je trouvais cette histoire très belle. Je suis passionné par le mensonge, par la mythomanie. J’ai connu certaines personnes qui s’étaient littéralement inventées une vie, une profession. Ce n’est évidemment pas le propos du film, car Henri n’est pas un mythomane. Mais ce personnage qui, après un drame affectif avec sa femme, s’invente une histoire et une fille, a tout de suite attiré ma curiosité et ma sympathie. Il y avait quelque chose de profondément dramatique dans sa situation, mais aussi un espace pour le jeu et la comédie. D’ailleurs, en connaissant Jacques Deschamps, qui est bourré d’humour, je pensais que le film tirerait vers la comédie.

Pourtant, c’est un rôle très intériorisé, Henri est un personnage plutôt austère...

C’est vrai que le personnage d’Henri est austère. Cela lui donne beaucoup de mystère, ce n’est pas quelqu’un qui communique ni qui laisse paraître ses émotions, et pourtant, il y a chez lui une certaine confusion intérieure. On pouvait aussi penser que c’est un joueur, qu’il éprouve une certaine jubilation à manipuler sa femme. Les situations dans lesquelles il se retrouve sont d’ailleurs assez excitantes, et incitent au jeu. Nous avions avec Jacques établi ce système des deux prises : une « pour lui », où l’on retenait et dissimulait beaucoup les émotions, et une « pour nous » où les acteurs s’en donnaient à cœur joie. Au final, je crois que Jacques a réussi à imposer son idée du film, tout en nous faisant travailler de manière très agréable.

Croyez-vous qu'Henri fasse cela pour attirer l’attention de sa femme ? Ou qu’il agisse selon une logique un peu perverse, et destructrice ?

Sa vie de famille est en danger, Henri ne communique plus avec sa femme ni avec sa fille. Je crois qu’il devient en quelque sorte apprenti sorcier, et cherche à raviver l’amour de sa femme. Bien sûr, il a une forme de perversité en lui. C’est un peu la logique du pire, car il risque de détruire ce qu’il reste de sa vie de famille. Mais je crois qu’au fond, c’est un homme en quête d’affection.

La scène de lit entre Henri et Anna introduit une réelle ambiguïté dans leur relation...

Oui. J’ai vraiment essayé de la jouer comme si Henri n’avait aucune attirance pour elle. Pourtant, cela transparaît, et il y a du désir dans cette scène. Mais je vous assure que je n’y suis pour rien.