Notes du réalisateur sur le film :
Le point de départ
L’idée est née lorsque j’ai entendu parler de la tentative d’apostasie de mon ami Álvaro Ogalla ; je l’avais rencontré quand que je vivais à Madrid. Apostasier signifiait pour moi avoir l’intention de changer son passé, quelque chose d’impossible, donc un fantasme. C’est devenu un défi intérieur très tentant : créer un conte fictionnel avec des touches de fable.
J’ai alors construit le personnage de Tamayo, qui à travers ses actes allait représenter une nouvelle façon d’être en conflit avec les institutions. Je sentais que cette histoire pourrait facilement être transposée dans d’autres pays.
Le personnage
Une fois que nous avons décidé que le personnage serait joué par Alvaro lui-même - qui n’a aucune formation d’acteur - je savais que le résultat serait aussi étrange que lui. Ses gestes, son regard, son désir et sa violence contenus, son apparence juvénile étaient des ingrédients puissants avec lesquels je pouvais travailler afin de donner vie à son personnage. J’ai essayé de montrer l’extrême variété de ses expressions et de ses émotions. Tamayo transforme sa propre vie en une course d’obstacles.
Personnellement, je crois que Tamayo est un personnage inoubliable. Durant l’écriture, je savais que je voulais faire un film drôle, plein d’espoir, lumineux mais qui ne perdrait jamais sa profondeur. Nous avons travaillé sur un récit qui pourrait inclure tous ces aspects, sans oublier la conviction absolue de Tamayo, fil conducteur de l’intrigue. Chaque fois que son passé ou ses délires fantaisistes affluent, nous avons cherché à ne pas perdre ce qui le motive : son désir de changement. Une volonté qui se manifeste par ses grands renoncements, et des conquêtes épiques.
Tourner en Espagne
Je trouvais ambiguë cette idée d’apostasie de mon ami Alvaro - un Espagnol né dans les années 70, presque à la fin d’une période historique qui a marqué la vie de plusieurs générations. Pour parler de la crise de maturité de Tamayo, sa relation avec les institutions traditionnelles, il était nécessaire de les situer dans un pays tourmenté comme l’Espagne. J’ai tenu à imprégner mon récit de ce mélange de culpabilité, de plaisir et du poids de la tradition qu’on y trouve.
J’ai toujours senti que Madrid était ma vraie patrie, y ayant vécu une partie importante de ma vie, et l’idée de filmer dans le pays d’où viennent mes ancêtres était très séduisante.
Le scénario
Il y a eu divers apports pendant l’écriture du scénario : les lettres d’Alvaro Ogalla à l’origine de cette histoire, la contribution de Nicolás Saad à la structure lors la phase du traitement, et la réflexion avec Gonzalo Delgado pour donner de la profondeur au personnage principal. Tout au long du processus d’écriture, il était fondamental de nous laisser emporter par la liberté du personnage de Tamayo, avec une imagination croissante, aspect crucial du récit.
La musique
J’ai pensé aux différents styles musicaux comme s’ils étaient des couches de la personnalité de Tamayo. C’est un grand privilège d’avoir le piano de Federico Garcia Lorca, « Romance Pascual de los Pelegrinitos », en ouverture du film, qui introduit le personnage de Tamayo. La musique classique orchestrale est tirée des NoDo - actualités et documentaires réalisés en Espagne entre 1943 et 1981.
Il y a aussi une chanson du groupe basque Lisabö qui sonne étonnamment puissante et moderne. Des fragments d’œuvres du compositeur russe Prokofiev fonctionnent comme un contrepoint.
Enfin, j’ai utilisé du flamenco dans deux scènes du film, la première interprétée par le chanteur et guitariste Israël Fernández Rafael Rodriguez, « El Cabeza »; et dans la scène finale, Estrella Morente Enrique, qui, je crois donne un fantastique sentiment de passion.
Les livres, les films et les chansons
Pour moi, il est impossible de ne pas être influencé par des livres, des films ou des chansons qui reviennent à la surface quand je suis en train de travailler. En l’occurence, il y a eu le livre à l’humour magistral de Benito Perez Galdos, El audaz, Historia de un radical de antaño auquel nous avons emprunté quelques passages pour les scènes avec l’évêque.
Certains films m’ont inspiré, comme La Prima Angélica de Carlos Saura, parce que j’aime vraiment sa relation entre le passé, l’imaginaire et le présent. Opera Prima de Fernando Trueba est un autre film espagnol qui m’a accompagné dans le processus, il dépeint également la relation d’un jeune homme avec sa cousine. L’Audience de Marco Ferreri m’a aidé à comprendre le degré de conviction de notre Gonzalo Tamayo.
En outre, je me sens proche de films comme The Road de Omirbayev, les premiers films de Zanussi, et les merveilleuses expressions du visage de Fernando Rey dans les films de Buñuel. Tous ces éléments ont été très inspirants. Tout en écrivant le film avec Alvaro Ogalla, nous avons imaginé le rythme du film comme un flamenco de Manitas de Plata, qui n’a malheureusement pas pu faire la bande originale, car il est mort le dernier jour de notre tournage.