" La réalité sociale en Amérique latine est telle que le cinéma se doit d’être engagé. Ce qui m’intéresse, c’est de réaliser des films enracinés dans notre société contemporaine. Il y a tout dans le réalisme : l’imagination et la raison, la souffrance et l’utopie, le bonheur et la douleur de l’existence. Je veux donner une voix aux migrants – des êtres humains qui défient un système établi par des autorités nationales et internationales impassibles, en traversant les frontières illégalement, en risquant leurs vies dans l’espoir de fuir une pauvreté épouvantable.
Ce film n’est pas un documentaire mais plutôt une fiction basée sur la réalité, qui la reconstitue avec une volonté d’authenticité et d’intégrité. Nous avons élaboré la trame narrative et les instants poétiques à partir de centaines de témoignages de migrants et des sentiments personnels de chaque personne ayant participé au processus créatif. En nous identifiant à Juan et Chauk, nous nous détachons de nos vies quotidiennes, embarquons pour une aventure émotionnelle et faisons une découverte importante. Le voyage que nous entreprenons balaie l’idée selon laquelle le bonheur nous attend ailleurs, nous permet de réfléchir aux frontières qui divisent les nations et de partir à la découverte de ce qui nous sépare en tant qu’êtres humains.
Nous avons écrit cette histoire dans l’espoir de détruire les conventions qui nous emprisonnent, afin de réinventer notre propre réalité. Je rêve que ces barrières qui nous séparent sautent, que nous embarquions dans un train dont la destination est sans importance, dont les passagers savent que nos existences sont interconnectées et que les obstacles rencontrés sur la route nous inspirent pour célébrer la vie avec un respect et une conscience qui transcendent les races, les classes et les croyances. L
es paroles prononcées par un Mexicain du nom de Juan Menéndez López juste avant de monter dans un train de marchandises avec ses sept compagnons, restent gravées dans mon esprit : « On apprend beaucoup le long du chemin. Ici, nous sommes tous frères. Nous avons tous les mêmes besoins. L’important, c’est que nous apprenions à partager. C’est seulement comme ça que nous pouvons avancer, que nous pouvons atteindre notre destination, seul un peuple uni peut survivre. En tant qu’êtres humains, nous ne sommes clandestins nulle part sur cette planète».
Diego Quemada-Diez
Quelques autres films mexicains à voir sur Universciné :
- Sangre, d'Amat Escalante
- Lumière silencieuse, de Carlos Reygadas
- Année bissextile, de Michael Rowe, Caméra d'or-Cannes 2010
- Después de Lucía, de Michel Franco, Prix Un Certain Regard au Festival de Cannes 2012
- Parque Via, de Enrique Rivero