Cette histoire est le résultat des observations que j’ai faites depuis plusieurs années lors de mes visites à Mexico. En étant isolé dans cette maison, il est facile de ne voir les choses qu’avec une certaine distance. Elles prennent un nouveau sens, une autre couleur. Le principal intérêt de ce film, c’est le fait que l’histoire, du moins en grande partie, est vraie. Beto existe et sa vie est comme ça.
Il a toujours travaillé pour une famille et il est possible qu’il finisse ses jours comme ça. Mais ce qui m’intéresse le plus dans les personnages du film (la famille et Beto) c’est leur relation : ils viennent de mondes opposés et pourtant ils passent presque toute leur vie ensemble. Ils se respectent et s’aiment sans jamais dépasser la ligne qui marque clairement leur classe sociale.
Mon intention est de montrer Beto et sa vie quotidienne, ses croyances et ses habitudes. Par exemple : l’atmosphère anxiogène qui enveloppe Mexico et qui est due surtout aux journaux télévisés comme « Primer Impacto » et aux journaux tels que « Esto » et « Alarma ». L’histoire peut être considérée comme un article de ces journaux. J’ai voulu faire une fiction pour découvrir ce que peut ressentir une personne qui s’isole volontairement, en ayant une vie confortable et ritualisée. Et sa façon d’affronter le monde extérieur, plein de vie, de bruit, coloré, mais aussi dangereux et incertain.
Esthétiquement j’ai voulu bien distinguer la maison et le monde extérieur. Dans la maison, les mouvements de caméra sont lents et les couleurs un peu délavées et passées. Dehors la caméra est portée et les couleurs vives. Pour filmer ainsi je me suis attaché les services de Arnau Valls, directeur photo espagnol, dont la sensibilité et le talent correspondaient tout à fait au projet.
En tant qu’étranger il avait de plus un oeil neuf et frais sur Mexico qu’il ne connaissait pas. Nous avons décidé de filmer en super 16 afin de donner au film une image et une texture proches du documentaire ; ce qui nous rapproche émotionellement du personnage.