" Je me suis librement inspiré d'un fait divers survenu en Belgique en 2007. J’étais dans ma voiture, quand j’ai entendu parler de ce drame à la radio, l’histoire d’une femme qui avaitassassiné ses cinq enfants. J’ai pensé tout de suite que cela renvoyait à la tragédie antique, et que ce fait divers m’offrait la possibilité d’approfondir ce dont je parlais dans mes filmsprécédents : le trop plein d’amour, ses conséquences, la dette, le lien pervers, les dysfonctionnements familiaux, la question des limites… D’emblée, des choix se sont imposés : ne pas illustrer ou documenter le fait divers, mais m'en emparer avec ma subjectivité, mon point de vue d’artiste. Intégrer l’idée que dans toute histoire familiale, la vérité de l’un n’est pas la véritéde l’autre.

Mon travail n'est pas de rechercher la vérité judiciaire, de m’y conformer, ni de la raconter avec une objectivité journalistique. Ces démarches ont déjà été entreprises, et ellesillustrent leurs propres vérités, parmi d'autres.

Mon rôle de cinéaste est différent. Il s’agit d’offrir un regard intérieur et interrogateur sur ce qui, quelles que soient les responsabilités,reste un drame humain. Mon rôle, c'est de faire partager au spectateur la vie des personnages que j'ai mis en scène et de leur permettre d'appréhender le drame à travers un autre prisme. Je voulais montrer qu’un tel acte, dépeint comme « monstrueux », ne peut pas être le fruit du hasard. On dit que le crime infanticide est « impensable » : mon objectif est d'amener le spectateur à réfléchir sur ce qu'on qualifie trop souvent d'inexplicable, à poser un autre regard en me servant de l’outil fictionnel pour susciter un questionnement sur la perception de la réalité, tant par mon propre regard que par celui des spectateurs qui voient le film.

Pourquoi êtes-vous à ce point passionné par les liens dysfonctionnels à l’intérieur de la cellule familiale ?

La famille est le lieu d’apprentissage de la démocratie, et aussi le meilleur endroit pour observer la dictature. Je sais que c’est un lieu de violence. Ce qui m’intéresse dans la famille ce sont les dysfonctionnements. Toutes ces choses qu’on n’arrive pas à déceler, mais auxquelles on participe. Les raisons pour lesquelles on est mal à l’aise, sans trop savoir d’où vient le problème. Pourquoi on n’arrive pas à se détacher d’une forme de lien. Cinématographiquement, le lien pervers est un sujet fascinant car c’est un sujet qui se cache, attisé par des personnages complexes.