J’avais bien aimé le scénario, mais j’ai surtout été très sensible à la vision que Catherine en avait. Dès notre première rencontre, nous avons énormément parlé, le courant est tout de suite passé. Ses références étaient clairement les comédies américaines des années cinquante/soixante avec leur rythme, leur élégance, leur façon légère de parler de choses sérieuses mais sans se prendre au sérieux. Cette volonté-là m’a séduite. J’ai aussi aimé que le message n’insiste pas seulement sur la parité mais aussi sur la nécessité de ne pas tout sacrifier au travail et de préserver la vie de couple. Je trouve toujours assez paradoxal que l’on passe beaucoup plus de temps avec des gens que l’on ne choisit pas qu’avec ceux que l’on choisit. Dans le film, Marianne et Bruno ont aussi besoin de se retrouver et je trouve cela joli.
Mon personnage, Marianne, est une femme comme il en existe beaucoup. Mère, épouse d’un mari qu’elle voit peu, elle est tiraillée entre ses enfants, sa maison et sa carrière. Débordée, fatiguée, elle a presque oublié pourquoi elle a voulu vivre avec cet homme et pourtant, elle l’aime toujours. C’était un point sur lequel nous étions tous d’accord. Nous avons affaire à un couple qui s’aime. Poussée par ses amies de travail, Marianne va imaginer un mensonge pour mettre son mari face à ses responsabilités, mais tout ne va pas se passer comme prévu...
Par plusieurs aspects, je me sens proche de Marianne. Je me retrouve dans son énergie, dans son implication et sa volonté de toujours voir les choses avec une pointe d’humour. A travers mon expérience personnelle, je sais qu’il est souvent difficile de construire un équilibre satisfaisant entre le travail et la vie privée. Trouver l’épanouissement dans chaque domaine n’est pas simple. Voire impossible si l’on n’est pas épaulée. Dans un couple, les choses sont vite considérées comme acquises et il est parfois nécessaire de prendre un peu de recul. Dans le film, Marianne choisit une méthode assez originale. Même si dans ma propre vie, j’ai la chance de ne pas avoir le problème de mon personnage, je pense que je pourrais avoir une réaction de ce genre, avec comme elle, l’espoir d’améliorer la situation.
Pour préparer le film, nous avons fait plusieurs lectures avec Catherine et Antoine en privilégiant le rythme. Catherine souhaitait qu’entre nos personnages, comme entre tous les autres d’ailleurs, ce soit comme un match avec des phrases du tac au tac. Tourner avec Antoine a été un vrai bonheur. Il est ce qu’il semble être, chaleureux, fin. Nous avons énormément ri. J’ai adoré le dernier jour, où nous avons tourné la scène de Cro-Magnon dans la forêt de Fontainebleau. Un pur délire ! J’ai aussi beaucoup aimé les scènes de tendresse. Quelque chose de très doux et magique se passait entre nous. Chaque matin, j’étais heureuse d’aller le retrouver pour tourner.
La fabrication du film s’est faite dans la bonne humeur et le bonheur pour moi de jouer aussi avec Catherine Jacob et Bernadette Lafont. Le tournage a duré neuf semaines au total. Catherine Castel a gardé l’élan, l’élégance, la légèreté et l’espèce de richesse visuelle des grandes comédies qui l’inspiraient. Le film évite d’ailleurs les détails qui l’ancreraient dans une période précise. L’ensemble est assez intemporel, comme le sujet.
Pour moi, ce film, c’est une heure et demie de légèreté et de comédie et une prise de conscience de la nécessité de regarder son conjoint, de se recentrer sur les choses que l’on aime vraiment faire dans la vie, de consacrer du temps à ceux que l’on aime sans vivre uniquement pour le boulot. Ici, on parle un peu du rééquilibrage des tâches domestiques, mais les hommes doivent également pouvoir trouver une nouvelle place, ils sont eux aussi parfois enfermés dans des schémas, et en sortir serait mieux pour tout le monde.