J’avais envie de retourner vers la comédie, et dès la découverte de ce scénario, on sentait le ton, le langage, le charme... Le tout parlait très légèrement de problèmes qui peuvent être graves. Par principe, j’aime beaucoup les premiers films avec leur candeur, leur appétit, leur enthousiasme - même si ce dernier peut parfois être dangereux !

Avec Catherine, nous avons immédiatement accroché. Je l’ai trouvée attachante. Elle était comme un petit oiseau énergique, avec une envie folle de raconter son histoire. Elle était très sincèrement touchée par son sujet, sans pour autant en faire un étendard. Il y avait aussi la promesse de me retrouver avec tous ces caractères féminins assez marqués, fortes personnalités et actrices qui me font rire dans la vie. J’étais ravi de partir dans une comédie avec elles.

Mon personnage, Bruno, aime tendrement sa femme. Il est juste accaparé au point d’en devenir distrait sur les contingences matérielles. Comme beaucoup, il est pris dans une mécanique parce qu’il aime sincèrement son travail, il aime sa femme et a du mal à trouver l’équilibre. Un problème très répandu ! Moi-même, j’exerce un métier où la frontière entre plaisir et travail est floue. Je vis avec mon travail jour et nuit, comme lorsque je fais un film. Je comprends donc très bien ceux qui sont accaparés par ce qu’ils font, même s’il ne s’agit pas d’un métier artistique, au point d’être moins attentifs au quotidien, de considérer que les choses sont acquises, et que sa femme aimante va assumer tout le quotidien. Il n’est pas question d’excuser ou d’accuser, je ne suis pas là pour ça, mais pour jouer un personnage, je dois avoir au moins un soupçon de sympathie pour lui ! Le film n’a pas pour vocation d’être un pamphlet. Il s’agit d’une comédie, classique au meilleur sens du terme, qui parle d’un sujet qui touche pas mal de monde. Catherine a su tenir son histoire, sans appuyer là où cela aurait pu devenir lourd, sans tomber dans le côté « regardez ce que je peux faire » qu’ont parfois les premiers longs. Sa préoccupation était de garder le tempo. Nous avons donc essayé de jouer assez vite. On a toujours le même genre de références pour ce type de films, les chefs-d’œuvre de Lubitsch ou de Billy Wilder. Moi qui aime les personnages qui ont une véritable tension physique, j’étais servi ! Le mien est toujours à la bourre, dépassé par les événements, par son travail ou par sa femme.

Il essaye en permanence de rattraper quelque chose et c’est drôle à jouer. Une scène assez emblématique de ce qu’il vit reste celle où il est en train de jouer avec ses enfants, en présence de Victoria et de la jolie baby-sitter qui sort de sa douche pile au moment où la belle-mère arrive...

Catherine a su donner un grain à tous ses personnages. Même les rôles secondaires ont ce petit décalage qui les fait exister au-delà de l’image stéréotypée. Je trouve cela très bien, c’est comme dans la vie. Je pense que chacun, au-delà des convenances et des masques, possède ce genre de trait de caractère un peu surprenant. Dans le film, il y a cette secrétaire un peu fantasque, ce patron odieux remarquablement joué par Jean-Yves Chatelais. Tous sont humains jusque dans leurs failles.

Entre Marianne et Bruno, il fallait qu’il y ait une grande complicité, un véritable amour. Pour que l’émotion passe vers le public, elle devait d’abord passer au niveau des comédiens. Aure est une excellente partenaire. Il y avait entre nous quelque chose de naturel et d’évident. Rien de forcé. Nous avons pris beaucoup de plaisir à jouer ensemble. J’ai aussi été très heureux de jouer avec Victoria Abril : avec elle on ne peut pas s’ennuyer, jamais !

Ce film me laisse le souvenir d’un moment délicieux. Pendant deux mois, l’été dernier, il faisait beau, on travaillait en prenant du plaisir. Catherine avait son sujet à raconter, son univers visuel - elle aime les couleurs et la lumière, le rythme, la musique. Nous l’avons tous aidée à fabriquer cet objet fragile qu’est un premier film, sans autre prétention que de divertir le public, en semant deux ou trois graines qui ouvriront peut-être au dialogue.