Kingston Avenue appartient à deux catégories : celle des "films indé new-yorkais fauchés" (on y marche beaucoup, il y a des briques rouges et des bars, on y noie un chagrin d'amour et les taxis sont jaunes) et celle des films avec Vincent Macaigne. Ce dernier - qu'on voit tellement ces temps-ci qu'on le croit habiter le cinéma à plein temps et n'en sortir que parfois, pour les tournages - débarque chez son ex (déjà prise ailleurs) à l'improviste, tel un extra-terrestre dans un jeu de quilles, comme souvent lorsqu'il "envahit" l'écran (dans La Fille du 14 juillet, il exerce illégalement la médecine, dans La Bataille de Solférino, il est un père qui fait valoir ses droits de visite le mauvais jour). Vincent (Macaigne prête son prénom à son personnage comme ce fut déjà le cas dans trois films) est perdu et inadapté, like an englishman in New-York, comme dit le poète, et comme pas mal de personnages new-yorkais (chez Chaplin, Allen, Jarmusch, Baumbach...).

"Je voulais montrer un New-York où tout le monde est un peu étranger" dit Armel Hostiou. Et on se dit que c'était peut-être ça le lien entre tous les films où apparaît Vincent Macaigne. L'impression qu'on est face à un étranger total. L'étranger absolu. A rebours ou à contretemps, ailleurs, "barré" dans tous les sens du terme. Il fallait ce crochet par New-York pour comprendre un peu mieux le phénomène Macaigne et ce qu'il dit de l'époque. L'acteur est le reflet de son temps (son étrange ressemblance à François Hollande...), l'homme d'un quinquennat de crise, le visage d'une génération sans feu ni lieu, pierre qui roule sans trop savoir où ni pourquoi.

Pierre Crézé

 

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