Mais qu'est-ce qu'il lui a pris ?
Réalisateur délicat, Powell enchante son Angleterre natale avec des films où l'humour discret rayonne (Une question de vie ou de mort [1946], Le Narcisse noir [1947]...). Il embarque les foules avec son Voleur de Bagdad (1940), séduit les fins palais avec son film-ballet Les Chaussons rouges (1948). Même lorsque Hollywood coproduit, en 1950, sa Renarde, superbe mélodrame aux couleurs brûlantes, avec Jennifer Jones, Powell reste fidèle à son univers. Les ordres venus d'Amérique, il les ignore tout simplement.
A la fin des années 50, Michael Powell avait donc à peu près tout ce qu'un cinéaste peut rêver: du succès, la reconnaissance et la liberté. Alors, qu'est-ce qu'il lui prit de tourner Le Voyeur ? "Une offense à la nation!" C'est ainsi que la critique, en 1960, accueille sa dernière oeuvre, terrifiante, où le sujet choisi par l'auteur dit à peu près ceci: les cinéastes sont des malades... qui s'adressent à d'autres malades.
Or, à sa façon, Le Voyeur est un film autobiographique. En rejetant le film, la critique et le public ont rejeté l'homme. Powell apparaît d'ailleurs un moment dans le film, avec son propre fils. La carrière du réalisateur fut brisée. Michael Powell ne tourna plus. Le Voyeur résonne depuis comme un magnifique et terrible testament prématuré.
Philippe Piazzo