Dans Dog Days, certaines scènes s'entremêlent complètement avec le jeu et l'intensité du tourment. Comment faites-vous pour que vos acteurs se laissent aller à ce point-là ?

Je ne peux pas travailler avec des acteurs qui ne font que jouer leur rôle. Je cherche des acteurs qui, je pense, ont la capacité et l'envie d'insérer leurs propres vies dans leurs rôles.

Autre point : je ne travaille qu'avec des acteurs que j'apprécie et avec lesquels je peux communiquer. En tant que réalisateur, je considère que mon travail est de créer une ambiance qui donne la possibilité aux acteurs présents sur le plateau d'être totale­ment eux-mêmes et que cela reste un peu entre nous.

Et après, les acteurs ne vous refusent plus rien ?

Bien sûr, il arrive quelques fois qu'il faille forcer les acteurs à faire certaines choses. Par exemple, lorsque vous tournez une scène où les effets de la consommation d'alcool sont majeurs, ce n'est pas crédible si l'acteur ne boit pas d'alcool. De même, vous ne pouvez pas prétendre que votre film se déroule en pleine canicule si les comédiens ne transpirent pas à grosses gouttes.

Vous arrive-t-il de dépasser les limites ? Si oui, lesquelles ?

Y a-t-il des limites ?

À quoi vous attendiez-vous en travaillant à la fois avec des amateurs et des professionnels ? Et qu'en ressort-il au final ?

Je ne fais pas de différence entre les amateurs et les professionnels. Le plus impor­tant pour moi est de pouvoir obtenir l'au­thenticité d'un milieu social. Dans mes pré­cédents films j'ai eu d'excellentes expé­riences avec des amateurs.

Donc dans Dog Days, j'ai voulu pousser l'expérience un peu plus loin tout en restant dans le domaine de la fiction. Notre but était de faire un film dont on ne puisse pas cataloguer les acteurs et je crois que nous y sommes parvenus.

Comment définiriez-vous votre intérêt si évident pour des personnages que l'on a du mal à regarder en face ? Est-ce un intérêt moral ? Esthétique ? Sadique ?

Vous avez tout faux. En fait, je ne considère pas mes films comme étant durs à regarder. Il faudrait plutôt se demander pourquoi, dans un film, il y a des choses dures à regarder.

Bien sûr, je suis conscient du fait qu'il est difficile, pour des films comme les miens, d'y répondre alors que les spectateurs attendent que nous les divertissions. En ce qui me concerne, le cinéma, c'est plus que ça.

Le cinéma, c'est un peu la vie. Le cinéma influence la vie et vice versa. Pour moi, il ne s'agit pas d'impliquer le spectateur, mais plutôt de savoir à quel point je dois faire preuve de réalisme pour que le spectateur écoute mon histoire. En fait, mes films sont parfois assez drôles.

Votre perception du monde est-elle différente au niveau artistique ?

Non.

A quel point, le choix du lieu est-il important dans l'histoire que vous voulez raconter ?

Pour moi, le choix d'un lieu est aussi important que le choix des acteurs. Généralement je me laisse guider par les conditions de la réalité. Ces conditions peuvent même souvent influencer le film et son déroulement. Un exemple : la dernière scène du film avec le couple de divorcés, tous les deux sous la pluie. Cette scène m'est venue uniquement parce qu'il y avait une balançoire en face de la maison. Et pour être honnête, je n'y avais pas vraiment prêté attention, mais, en tournant, l'idée de cette dernière scène m'est venue. Dans le script, la fin était complètement différente.

Considérez-vous les films qui parlent de solitude, de manque de communication, de souffrance et de violence plus fidèles à la vie que ceux qui montrent le bonheur à portée de main ?

Que peut-on dire sur le bonheur ? La vie, ce n'est pas que du bonheur, c'est plutôt la quête du bonheur et la désillusion de ne pas le trouver ou de rarement le trouver.

C'est peut-être pour cela qu'au quotidien, nos vies sont envahies de promesses de bonheur, partout, à tout moment et ce, même dans l'intimité. Regardez les gens dans la rue, apparemment, ils ont l'air heureux.

Pleurez-vous au cinéma ?

Pas seulement au cinéma.

 

Ces questions ont été préparées par Thomas Mauer, auteur et comédien viennois, et trans­mises sous forme écrite à Ulrich Seidl