Ce qui fait de Truelove une œuvre indispensable, c’est son refus catégorique de la pitié. Là où tant de fictions infantilisent les aînés, la série privilégie une compassion active et lucide. Elle écoute ses personnages sans jamais les réduire à leur dossier médical. Lindsay Duncan, en ancienne flic au regard d'acier, et Clarke Peters, en ex-militaire hanté par ses regrets, incarnent cette génération qui refuse de subir, mais obligée de composer avec le passé. Leur décision de passer à l'acte, suite au cancer terminal de l'un des leurs, transforme ce drame social en un thriller éthique haletant, où chaque geste est une affirmation de souveraineté.
La force de la série réside aussi dans ses dialogues, marque de fabrique de Charlie Covell, à qui on devait déjà le punk The End of the F***ing World. Impertinents, souvent d'un humour noir délicieux - « Entrée, plat, dessert », dit un personnage à propos de ses multiples métastases -, ils sonnent toujours juste. Cette écriture ciselée permet d'aborder de front la question centrale qui irrigue nos débats actuels sur l'euthanasie : comment concilier le respect de la loi avec le devoir de compassion envers ceux qu'on aime ? Truelove ne donne pas de réponse simpliste mais explore avec une honnêteté brutale les ramifications de ce choix. C’est une série vibrante, drôle et profondément humaine, qui nous rappelle qu'on peut rester l'acteur de sa propre vie, jusqu'au dernier souffle. Une leçon de dignité à ne pas manquer.

