L’Image manquante est un film très important pour moi. Est-ce parce qu’au milieu de la vie, l’enfance revient ?
C’est la première fois que je tourne un film sur mon histoire ; ou plutôt, sur l’histoire d’un enfant de treize ans, un jeune Cambodgien qui survit sous le régime des Khmers rouges. Cet enfant perd une grande partie de sa famille et survit dans les camps de travail.
Aujourd’hui, je suis un adulte, un cinéaste, alors je montre ces quatre années terribles, mais aussi celles qui ont précédé : le monde d’avant, de la musique, de la douceur, de la famille. Mais L’Image manquante est aussi un film sur l’idéologie : comment un tel régime détruit les hommes au nom des idées ; comment il produit des images de propagande ; comment il torture, assassine, mais aussi tient un peuple dans sa main, à force de slogans et de coups.
Cet enfant, c’est moi, et c’est tous les enfants du monde : je n’ai plus d’images de ce temps, elles sont manquantes, alors je les ai créées à partir de personnages en glaise : que dans le monde, un instant, chaque spectateur puisse comprendre ; qu’il n’y ait pas Rithy mais un enfant ; qu'il n'y ait pas Lauv Panh mais un père ; et la faim ; et la souffrance ; et les cris ; mais aussi la musique, et le regard d’une mère.
J’espère que mon film voyagera ; qu’il fera réfléchir les peuples libres sur ce qu’est un peuple écrasé. Qu’il touchera les pays qui ont été proches du Cambodge, pour le meilleur et parfois pour le pire. Ce n’est pas une leçon faite à la Chine, aux États-Unis, à la France... c’est une méditation. Une pensée. Que ces images ne manquent plus jamais.
Rithy Panh