Qu'est-ce qui vous a immédiatement séduit à la lecture du scénario que vous proposait Dominique Farrugia ?

Je me suis bien marré, tout simplement, ce qui est essentiel et rare. J’ai trouvé ce scénario particulièrement bien écrit, fourmillant de nombreux rebondissements et de situations qui, au fil de l’histoire, me paraissaient extrêmement drôles. Faire le comique, comme on dit, ne me correspond pas, ce n’est pas mon registre. Ce que je peux apporter, par contre, dans le domaine de la comédie, et j’en ai fait quelques-unes, c’est de jouer froidement des situations qui peuvent déclencher l’hilarité. Ce que je cherche, c’est la vérité à partir de ce qui est écrit. Mais au départ il faut un très bon texte, ce que j’ai trouvé avec Le Marquis. Souvent, des metteurs en scène utilisent le mot «sincérité», mais combien y a-t-il de mauvais acteurs sincères ? Je préfère être vrai même si c’est plus difficile. Développer ce côté clown blanc râleur, rester au plus proche de sa vérité, m’amuse au plus haut point. (...)

L'idée que Franck Dubosc soit votre "boulet" vous a-t-elle également intéressée ?

Nous sommes très opposés, nous ne venons pas des mêmes univers, mais j’avais vraiment envie de cette confrontation. Je n’ai aucun à priori sauf sur les mauvais acteurs et les crétins. Franck ne figure dans aucune des deux catégories. Très rapidement il a oublié qui il est pour se plonger, comme moi, dans les situations et s’abandonner à elles. Je ne l’ai pas vu faire du Dubosc. Dominique qui est un excellent directeur d’acteurs et qui le connaît bien ne l’aurait jamais laissé glisser sur cette pente dangereuse. Ce qui n’a pas empêché Franck, en dehors des prises, de me faire beaucoup rire.

Vous connaissiez-vous avant ce projet ?

Pratiquement pas. Je l’avais découvert dans les petites annonces d’Elie Semoun. Je n’ai pas vu tous ses spectacles ni tous ses films, mais dans Camping je l’avais trouvé très bon. Franck joue juste. Il a sa personnalité, sa façon à lui de pratiquer ce métier, de travailler inlassablement, il cherche toujours à être honnête avec le texte. Et c’est ce qui compte. Je pouvais donc me laisser aller en toute confiance, réagir à ce que nous étions en train de vivre et me nourrir de ce qu’il me donnait y compris en ne faisant rien, juste en le regardant.

Ce tandem inédit est-il différent de ceux que nous avons pu voir auparavant halonner l'histoire du cinéma français ?

C’est un tandem clown blanc-Auguste classique au départ mais un peu différent de ceux auxquels Veber, par exemple, nous a habitués. Il y a une fibre humaine, une fêlure, qui sont vraiment intéressantes. La comédie, l’aventure et l’action laissent parfois place à l’émotion, ce que souhaitait Dominique depuis le départ. Le gangster que je joue évolue vers le tendre. J’aime sa fragilité. Le fait qu’il soit amoureux fou d’une bimbo un peu décérébrée, qu’il ait finalement envie de fonder une famille comme tout le monde, que ce projet le rende un peu ridicule est assez touchant. De son côté, le naïf incarné par Franck s’endurcit, prend plus d’assurance. En fait, ils déteignent l’un sur l’autre à travers les épreuves, et l’amitié naît entre eux comme elle est née entre nous sur le plateau. (...)

Qu'est-ce que la rencontre avec Dominique Farrugia vous a apporté humainement et professionnellement ?

Humainement, il m’a bluffé et il m’a donné une leçon pour la vie. Compte tenu des difficultés physiques que l’on connaît le concernant, je ne l’ai jamais entendu se plaindre ou même évoquer le moindre problème. À aucun moment, cela n’a pu interférer dans son travail, dans sa bonne humeur ou entraver l’énergie qu’il mettait à diriger ce film. Il a toujours été souriant, disponible, ouvert malgré tout et je sais de quoi je parle pour avoir été très proche de la maladie et de la souffrance au quotidien avec ma soeur.

Et quel genre de metteur en scène est-il ?

Il sait parfaitement se servir de la personnalité de chacun et utiliser ce qu’on lui propose. Jamais il ne chantera la chanson à votre place, mais il vous donnera tous les moyens et les indications, si nécessaire, pour le faire. On ne peut avoir que confiance dans le regard que Dom porte sur la comédie, il a largement fait ses preuves dans ce domaine. Sa façon, assez unique, de diriger consiste à être le premier spectateur. Son regard, son rire vous rassurent et vous donnent l’envie d’être toujours plus efficace. Je me souviens d’une séquence où j’étais dans une voiture, dégoulinant de sueur, et où je devais jouer la peur. Dominique trouvait que je n’en faisais pas assez. Je l’ai vu se lever et marcher jusqu’à moi, ce qu’il ne faisait jamais, et le seul fait de ce déplacement m’a fait comprendre beaucoup plus de chose que ce qu’il m’a dit après : j’avais de la marge, je pouvais en rajouter. Quand il est content, quand vous l’avez fait rire, et il ne se déride pas facilement, c’est gagné parce que Dominique c’est la salle. Et franchement, avoir l’impression de jouer devant une salle sur un plateau de cinéma est un petit miracle. Le rythme est très important. C’est une mécanique au tempo bien huilée.