Qu’appelez-vous un vrai film de guerre ? Un film qui est vraiment pour ou qui est vraiment contre ?

Le problème n'est pas de savoir s’il est pour ou contre, mais de savoir s’il reflète exactement ce qu’est la guerre... Les gens qui le voient peuvent très bien décider s’ils sont pour ou contre... Ils deviennent tous contre, parce qu’il n’y a pas de raison d’être pour la guerre, surtout si l’auteur a su montrer des faits avec le maximum de réalisme.

Et vous croyez qu’on peut faire un constat impartial ?

Oui, c’est cela, une autopsie, un rapport de gendarme, voila ce que j’ai voulu faire avec La 317e section. Ce n’est pas que je me sente une âme de brigadier de gendarmerie, mais ¡’ai voulu éviter une série de tics, de lieux communs, d’idées générales qu’on a répandus indéfiniment et qui contribuent à donner une idée fausse de la guerre, car tous ces problèmes, on se les pose après. C’est une approche a posteriori...

En gros, j’ai voulu esquisser, à travers l’aventure de ces quelques Européens et de cette poignée de supplétifs indigènes, esquisser un portrait de la guerre d’Indochine, de la manière dont elle s'est déroulée, du genre d’individus qui la faisaient (qui ne ressemblaient pas aux soldats de la deuxième guerre mondiale) et j’ai tenté d’élargir le problème, de montrer la guerre et le comportement des hommes qui la font avec ce que tout cela comporte de grand et de redoutable.

Est-ce que vous vous sentez un peu militariste quand vous réalisez un film de guerre ?

Moi, j’aime l’armée. C’est un sentiment qui n'est pas à la mode à notre époque et je me sens presque ridicule en disant cela, mais j'ai connu l’armée en Indochine, et il y a toute une atmosphère, toute une organisation qui m’a plu.

Les militaires ne sont pas toujours très malins, ils sont grossiers et souvent brutaux, mais ce sont des honnêtes gens qui acceptent de travailler pour un salaire modeste, ce qui se fait rare à l’heure actuelle et, la plupart du temps, ils essayent de bien faire leur travail parce qu’ils croient à certains principes, qui sont peut-être morts ou démodés mais ils y croient tout de même et c’est ce qui est important.

Mais ils font un travail inutile ?

Inutile, inutile... Vous savez, en 1940, cela n’aurait pas été inutile que l’armée française batte les Allemands et en Russie à Stalingrad, ce que les soldats russes ont accompli n’était pas tellement inutile.

Cinéma 65, avril 1965