Dans Phoenix, Christian Petzold reprend les mêmes et recommence. Epaulé par la très fidèle Nina Hoss (six films avec l'actrice) et Ronald Zehrfeld, véritable coqueluche outre Rhin, l'emblématique représentant de la dite "Nouvelle Nouvelle Vague" revient à l'Allemagne année zéro. Dans cet immédiat après-guerre, où chacun, s'il n'est coupable ou victime, est suspect.

De retour des camps où elle a été défigurée, Nelly n'a de cesse de renouer avec son passé et de revoir son mari dont elle n'a plus de nouvelles depuis sa déportation. Contre les conseils de sa désormais unique amie, Nelly retrouve Johnny, qui, s'il ne la reconnaît pas, trouve qu'elle ressemble suffisament à sa femme pour faire croire au monde entier qu'il s'agit bien d'elle, carressant l'espoir de récupérer son patrimoine.

On est habitué avec Petzold aux héroïnes obstinées, à ces visages opaques et insondables, à ces corps qui agissent sans jamais se justifier, à ces forces qui vont. Vertigo trash, Phoenix multiplie comme toujours chez le cinéaste les angles morts, les non-dits, les mystères, faisant la lumière sur les zones d'ombre et révélant la noirceur de ceux qui représentaient l'espoir. Film de vengeance sans esprit de vengeance, film historique affranchi du prêt-à-penser en la matière, Phoenix a l'élégance d'échapper aux catégories et n'en est que plus un film de Christian Petzold, une histoire d'obsession.

Pierre Crézé