Qu'est-ce qui vous a inspiré Helen ?
Le point de départ de Helen vient de notre court métrage Daydream : l'idée d'une enquête autour de la disparition d'une jeune femme (Joy) et des hypothèses sur ce qui a pu lui arriver. Alors que nous développions cette idée, nous nous sommes intéressés à une histoire de reconstitution des faits par la police, tout particulièrement à la manière dont elle se déroule. Qui joue quel rôle et comment les participants sont choisis ?
Nous avons été attirés par l'idée d’une personne qui prend la place d'une autre. Que se passe-t-il si la jeune femme prenant la place de Joy (Helen) est elle-même entourée de mystère autour de son identité ? Qui est-elle ? D'où vient-elle ?...
Instinctivement nous avons écrit l’histoire à partir de ces questions. Bien que le film joue avec les genres au début, nous pensons qu'il prend ensuite un autre tour et espérons que le public acceptera de le suivre dans cette nouvelle direction.
Le film est pour nous plus un thriller philosophique qu'un thriller psychologique. Il aborde un questionnement autour de la notion d’identité et de son mystère, l'amour inconditionnel et la compréhension de soi-même.
Helen a été financé d'une manière atypique, sans financement lié directement au cinéma et grâce aux villes de Dublin, Newcastle, Gateshead, Birmingham, Liverpool, ainsi qu'au Arts Council of England et à l'IFB (Irish Film Board).
Nous avons participé à un projet baptisé Civic Life, pour lequel nous avons fait plusieurs courts métrages en collaboration avec des associations culturelles et artistiques locales dans tout le Royaume-Uni et l’Irlande. Ils ont été tournés en 35mm en l'espace d'une journée, comportent beaucoup de plans éloignés et requièrent la participation de gens du quartier. Les films ont ensuite été présentés au niveau local. Au même moment, plusieurs organisations nous ont contactés pour un projet similaire, Helen a pu naître ainsi.
Comment avez-vous procédé au casting du film ? En particulier pour le personnage principal ?
Compte tenu de notre travail autour du projet Civic Life, avec les gens de la communauté locale, nous avons donc pris l’habitude de ne pas réellement faire de casting. Pour le rôle principal de Helen, il était toutefois nécessaire de trouver quelqu’un qui corresponde au personnage. Nous avons rencontré de nombreuses jeunes femmes jusqu’à ce que nous trouvions Annie Townsend. Elle n’aurait pas pu être plus parfaite pour ce que nous recherchions. La genèse de nos histoires provient de la personnalité des gens, parfois même plus encore, du décor qui les entoure. Le script vient après dans la construction. À bien des égards, ce processus s’est fait à l'envers mais a fonctionné.
Comment s'est déroulé le tournage ?
Nous avons réalisé neuf courts métrages au cours des cinq années précédant Helen à partir d’une technique similaire construite autour de plans séquences et casting non professionnel. Nous connaissions les avantages et les difficultés d’une telle pratique.
Chaque jour était un défi et malgré notre préparation, nous avions chaque fois de nombreux imprévus qui rendaient les choses bien plus compliquées. Le tournage a été un réel processus actif de création où nous essayions chaque fois de faire en sorte que la chorégraphie, le mouvement de caméra et la performance des acteurs s’accordent.
Parfois, certains comédiens nous disaient qu’ils avaient l’impression de jouer d’une manière non naturelle. Nous leur disions de ne pas s’en inquiéter. Le rythme et la direction d'acteurs dans Helen étant très différents d'une approche conventionnelle.
Le film, d’un point de vue formel, reprend des éléments austère d’un certain cinéma européen. Quelles ont été vos influences ?
Certaines influences du cinéma français ou même danois sont assez évidentes, notamment avec le travail de Cari Dreyer. Son cinéma minimaliste, réfléchi, est élégant et discret sur le plan des émotions. L'austérité du jeu vient des personnages. Pour le rôle d’Helen, son personnage a grandi en institution toute sa vie et n'a donc pas eu l'habitude d'exprimer ses émotions. Nous avons donc considéré qu’il fallait préserver cette idée dans la mise en scène. Nous n'allons pas dans le sens des comédiens qui surjouent, souvent au détriment du film.
Vous parlez de l’inspiration de Dreyer pour la direction d’acteurs, mais quelles sont vos influences, vos références pour la photo du film ?
Nous sommes sensibles à différentes formes d’Art. L’inspiration, quelle qu’elle soit, nous vient à travers une sorte de processus naturel d'osmose. Bien sûr, nous avons été influencés par de grands réalisateurs tels que Dreyer, Bresson ou encore Jancso et plein d'autres.
L’utilisation de longs plans séquences conduit forcément à observer le travail d’autres réalisateurs utilisant cette technique. Pour Helen, nous avons cherché à préserver un esthétisme très pur en utilisant peu de lumières, utilisant principalement la lumière naturelle disponible au moment du tournage.
Extraits de l'entretien réalisé par Naman Ramachandran pour le site Cineuropa.