La Seconda Volta est votre premier film. Qu’avez-vous fait avant? Une école de cinéma? Mimmo Calopresti : Non, je suis autodidacte. J’ai réalisé plusieurs films documentaires, presque exclusivement en vidéo. Certains pour la télévision, d’autres qui ont été présentés dans différents festivals. J’ai travaillé sur plusieurs thèmes que l’on retrouve aujourd’hui dans La Seconda Volta. J’ai fait des documentaires sociaux, notamment un travail sur les usines Fiat et leurs mutations, Alla Fiat era cosi - I’interview en vidéo que montre l’étudiante au professeur Sajevo, dans La Seconda Volta, en est extrait. J’ai aussi travaillé en prison avec des anciens terroristes : ils m’avaient demandé d’animer un stage de vidéo. J’ai réalisé un court-métrage pour la RAI où l’on voyait un homme sortir de chez lui pour aller à son travail, et l’on se rendait compte finalement que sa maison était une prison... Au fond, j’ai toujours cherché des choses que j’aurais pu mettre dans un long métrage. Comment s’est déroulée l’écriture ? Qui sont vos co-scénaristes ? J’avais rencontré Heidrun Schleef à Rome. C’est avec elle que j’avais écrit ce scénario sur les années 70. Elle est diplômée du Centro Sperimentale - I’équivalent de la Femis - en qualité de réalisatrice. Francesco Bruni est un jeune scénariste, qui sort lui aussi de l’école de cinéma. Il a collaboré à «Condominio», de Felice Farina, et travaillé avec de jeunes réalisateurs. Nous avons écrit le script, nous avons même obtenu l’article 28 - I’équivalent de l’Avance sur Recettes. Nous avons également remporté le «Premio Solinas», un concours de scénarios. Entre-temps, Nanni Moretti avait déjà décidé de produire le film. Vous le connaissiez déjà? Oui, nous nous étions rencontrés au Festival «Cinema Giovani», à Turin. Je présentais mon travail sur la Fiat, il était dans le jury. Il était en train de tourner La Cosa, un documentaire sur la naissance du PDS, et je lui ai donné un coup de main pour la partie turinoise. Ensuite, on ne s’est plus vu pendant trois ou quatre ans. Et puis Angelo Barbagallo, son associé, et lui ont entendu dire que j’avais écrit un scénario. Ils cherchaient à produire un film, selon leur principe d’alterner une mise en scène de Nanni et un film de quelqu’un d’autre. Ils ont demandé à lire le scénario, et très peu de temps après m’ont dit que cela les intéressait et qu’ils voulaient le produire. Un rêve, pour un jeune réalisateur italien ! Oui, effectivement. J’avais vu d’autres producteurs, qui tenaient toujours le même discours : selon eux, il n’y avait pas de public pour un film sur le terrorisme. Nanni n’a pas réagi comme ça. Il a aimé le scénario, nous avons parlé de la façon de le mettre en scène, jamais des goûts du public. Comment avez-vous choisi Valeria Bruni Tedeschi ? Paolo Branco, le producteur des Gens normaux n’ont rien d’exceptionnel, était passé à Rome montrer le film à Nanni pour qu’il le programme dans sa salle de cinéma... On a vu le film, et j’ai aimé le travail de Valeria. Evidemment, il est très différent de que ce je voulais d’elle dans La Seconda Volta, mais dès que je l’ai rencontrée j’ai pensé qu’elle pouvait aussi montrer un autre visage, moins expansif. J’ai vu en elle la possibilité d’une grande retenue. Une des premières choses que je lui ai dites, c’est : «Dans ce film, je ne voudrais pas que tu fasses l’actrice ...». Et elle l’a très bien compris. Autre détail plus technique, le fait qu’elle ne soit pas connue en Italie rendait encore plus crédible qu’elle soit restée dix ans en prison. Dans le débat qui a suivi la sortie du film en Italie, la question s’est posée de savoir si le scénario était tiré d’une histoire vraie... Est-ce le cas ? Non. Le personnage de l’ex-terroriste m’est familier: j’en ai rencontré beaucoup en travaillant en prison, et par la suite j’ai revu certains d’entre eux à l’extérieur. Mais le personnage du professeur est totalement inventé. Je n’ai jamais connu de victimes du terrorisme. Il y a un architecte, Lenci, qui se reconnaît comme l’inspirateur du film. Il a été la cible d’un attentat, et il en a gardé, lui aussi, une balle dans la tête. Mais son histoire - qu’il a racontée dans un livre - n’est pas du tout la même. Il a été gravement touché, et depuis sa vie est une tragédie. Moi, je voulais raconter une rencontre entre deux êtres, pas l’histoire d’un homme blessé... Quand je me suis posé la question du type de blessure qu’il pouvait avoir eu, la balle dans la tête était simplement la meilleure solution. Je n’avais pas envie de représenter un homme avec une blessure physique. Et cela justifiait aussi le fait que Lisa ne l’ait pas reconnu: il n’est pas la personne malade, diminuée, qu’elle a pu s’imaginer. Enfin, il y a une évidente portée symbolique : la blessure est intérieure. Vous ménagez aussi de fausses pistes. Les frustrations sentimentales de la compagne de cellule et de la collègue de bureau de Lisa mettent ainsi d’emblée la rencontre avec Alberto dans le champ du sentiment amoureux... C’est aussi une piste réelle. Lisa est aussi une femme sans homme. Et après dix ans en prison, elle est troublée par le premier contact avec Alberto. C’est donc un film d’amour ?... De sentiments. Amour est un bien grand mot. De sentiments et même parfois de petits sentiments, petites rancoeurs, petites colères... C’est un film fait de petits déplacements, qui constituent parfois de grands changements dans la vie des personnes. Il ne se passe pas grand chose entre eux, rien d’éclatant: mais ce petit mouvement compte beaucoup... Les deux personnages ont-ils conscience de s’être trompés ? Le terrorisme comme le capitalisme sauvage seraient finalement des échecs... Aucun des deux n’est encore prêt à reconnaître qu’il s’est trompé. Les deux ont évolué, ne pensent pas exactement la même chose que douze ans auparavant. Mais il était important pour moi que Lisa défende encore son passé de terroriste. Parce que c’est justement au cours du film, à travers leurs rencontres, que leurs certitudes vont être ébranlées... Pensez-vous que «La seconda volta» renoue avec une tradition du cinéma politique italien ? Non, je ne crois pas. Le propos est très différent de celui des films tournés dans les années 70. Ce n’est pas un film à thèse, et je n’ai rien à dénoncer. J’aimais bien le cinéma politique de ces années-là, mais aujourd’hui il a disparu. En outre, je crois même qu’à travers le personnage de Lisa - et le travail avec Valeria est allé dans ce sens - c’est toute une conception romantique du terrorisme que nous attaquons.