Du coté de Kad ...

 

Qu'est-ce qui vous a séduit dans le scénario de Michel Leclerc ?

Kad Merad : "J'ai trouvé qu'il avait un univers vraiment singulier et qu'il s'inscrivait à contre-courant de la plupart des comédies actuelles, souvent très formatées. Son scénario mêle une histoire romantique à des éléments absurdes et surnaturels, et c'est très, très rare dans le cinéma d'aujourd'hui.

Comment pourriez-vous définir votre personnage ?

C'est un personnage assez lunaire et peu concerné par la vie. Il est persuadé qu'il n'a pas besoin du système et qu'il peut rester détaché des contingences du quotidien. C'est un être libre. D'ailleurs, au départ, on a du mal à l'imaginer avec une femme car il tient énormément à son indépendance. C'est un personnage très différent de ce que j'avais joué au cinéma auparavant, ou des rôles qu'on m'a proposés ensuite.

Est-ce que vous vous reconnaissez un peu dans Paul ?

Oui, j'ai été beaucoup comme lui à une certaine époque, même si je le suis moins aujourd'hui : je suis désormais obligé d'aller bosser !

Il a un petit côté anar… C'est un anar passif, un anar du quotidien. Il n'ira sans doute pas se battre pour de grandes causes, mais il refuse de rentrer dans le jeu social.

Comment vous êtes-vous approprié le personnage ?

J'ai essayé de le rendre maladroit et embarrassé de ce grand corps qui l'encombre. Les costumes m'ont également beaucoup aidé : ses grandes vestes bleues lui donnent une dimension décalée. J'ai aussi travaillé la démarche un peu gauche du personnage.

Comment Michel Leclerc dirige-t-il les comédiens ?

Il n'est pas dirigiste sur le plateau. Il laisse beaucoup de liberté aux comédiens pour faire des propositions. C'est très agréable car j'avais parfois l'impression d'être dans un reportage pris sur le vif, d'autant que le film a presque entièrement été tourné en plans-séquences, caméra à l'épaule. Pour autant, Michel savait très bien ce qu'il voulait et on effectuait pas mal de répétitions avant les prises.

Comment s'est passée votre collaboration avec Elsa Zylberstein ?

Nous sommes devenus très rapidement complices et on a beaucoup ri en dehors du plateau. Du coup, l'histoire d'amour entre nous s'est passée avec beaucoup de facilité, sans tabous, ce qui nous a aidés à faire jaillir l'émotion.

 

Du coté d'Elsa ...

Qu'est-ce qui vous a plu dans l'univers de Michel Leclerc ?

Dès qu'on s'est rencontrés, on s'est aperçu qu'on avait les mêmes références et les mêmes envies en matière de cinéma : Woody Allen, Chaplin, Jacques Demy... Il y a une douceur et une naïveté chez Michel qui m'ont touchée et qui m'ont donné envie d'aller vers son univers décalé et poétique.

Comment voyez-vous le personnage de Mathilde ?

Elle a les pieds sur terre, mais la tête dans les nuages. Je la vois comme une rêveuse, malgré son métier très manuel. Très vite, sa fantaisie et sa spontanéité m'ont fait me sentir proche d'elle. Même si tout le monde riait sur le plateau dès que je prenais la perceuse !

Les rapports de couple entre Mathilde et Paul sont assez inhabituels…

Pour moi, Mathilde et Paul sont deux très bons amis qui ont fini ensemble. Ils sont amoureux l'un de l'autre, mais ils s'interrogent sur leur engagement. Il y a presque une dimension fraternelle entre eux : c'est d'ailleurs parce qu'elle se sent trop proche de lui et qu'elle a l'impression de trop bien le connaître qu'elle a peur pour l'avenir de leur couple… Elle se laisse alors tenter par la découverte de l'inconnu.

Quel est votre regard sur Paul ?

C'est quelqu'un d'irrationnel et d'enfantin qui ose rêver sa vie. Il a même un côté clown triste. C'est aussi un être fou d'amour mais qui ne sait pas bien transmettre ses sentiments. Il s'imagine qu'elle lui porte un amour inconditionnel, alors qu'elle est déjà en train de s'enfuir.

Kad Merad et vous venez d'univers très différents…

C'est vrai qu'on ne pouvait pas nous imaginer d'emblée en couple ! Et pourtant, on s'est formidablement bien entendus. Il y avait une vraie complicité entre nous qui s'est installée naturellement. Cela nous a beaucoup aidés pour improviser certaines scènes.