Bacon.
"C'était un personnage inconstant. Pendant l'année et demie que j'ai passée à faire mes recherches, j'ai parlé à plusieurs personnes du Colony Club et de la French House. Quand j'ai réuni toutes mes notes, je me suis retrouvé avec une bonne douzaine d'interprétations différentes concernant la personnalité de Bacon."
Le maître et sa muse.
"La BBC m'a contacté pour réaliser une biographie de Francis Bacon. Je n'avais pas envie d'aborder ce scénario juste comme une biographie. Dans un premier temps, j'ai refusé le projet car je ne voulais pas que la multitude d'éléments biographiques et documentaires me dicte ce que je devais savoir sur la vie de Francis Bacon. J'avais envie d'explorer un point de vue plus personnel. Dans l'œuvre de Bacon, j'ai toujours été terriblement touché et ému par son travail sur George Dyer. Je suis fasciné par la dynamique qui peut exister entre un artiste et sa muse et les choix qu'il doit faire entre son travail et sa vie privée. Je voulais recréer une atmosphère, pas des détails historiques.
Au départ, je voulais utiliser les premiers portraits de Dyer et, grâce aux effets spéciaux, créer un triptyque panoramique animé. Mais il est vite devenu évident que ce dispositif pourrait être un obstacle. Alors j'ai cherché autre part, une autre manière de mettre en scène les oeuvres de Bacon.
Le film n'est pas l'histoire d'une vie extraordinaire, il relate des moments de vie ordinaire, une vérité quotidienne qui n'en est que plus forte.Chaque individu qui tombe amoureux peut se retrouver dans ce film. C'est une histoire d'amour entre deux êtres. Une relation partagée où les rapports de force ne cessent de s'inverser.
J'ai utilisé le schéma classique de la tragédie grecque, l'action est imposée par la destinée et les personnages secondaires fonctionnent comme le chœur antique, ils commentent l'action sans intervenir réellement. Dans Love is the devil, si Bacon est le « Roi » alors Dyer est le « Sacrifice »."
Mes influences sont multiples :
"Duchamp, Picasso, Cocteau, Burroughs, Beuys, Warhol, Genet, Mishima, Ecrivains Beatnik, Cinéma Expérimental (Maya Deren, etc.), Cinéma Muet, Musique Pop des années 70 (Bowie, Roxy Music, Sex Pistols), le Buto,la télévision, et encore la télévision, et toujours la télévision....
La principale source d'inspiration reste les toiles de Bacon : le cloisonnement claustrophobique de l'espace et la lugubre distorsion visuelle des Figures, la lumière et les couleurs de sa palette. En fait, Bacon en personne est devenu notre directeur artistique. Dans ses toiles, Bacon met en place un procédé simple qui consiste à isoler la Figure.
Dans cette architecture, la communication entre les êtres devient impossible, les personnages sont isolés, emprisonnés par leur ultime solitude. J'ai cherché à recréer cet espace du « non-communicable » dans ma mise en scène et dans ma direction d'acteurs.
J'ai travaillé avec eux sur le langage du corps et je leur ai donné des repères. Le film se devait d'être aussi visuel que le travail de Bacon lui-même. La galerie Marlborough qui possède les oeuvres de Bacon a essayé d'empêcher le film de se faire, tout comme Lord Gowrie, un vieil « ami » de Bacon. Je n'ai eu accès à aucune des toiles de Bacon et, finalement, ces obstacles m'ont poussé à être plus inventif."
Techniques.
"J'aborde chaque projet en utilisant une technique spécifique, liée à une intuition émotive initiale. S'il requiert une postproduction complexe, c'est habituellement parce que j'ai envie de créer et d'inventer un « endroit » imaginaire plutôt que de me contenter d'enregistrer une situation. Mon travail pour la pub ou le clip m'a permis d'utiliser les dernières technologies.
Sur Love is the devil, j'ai plutôt travaillé sur les possibilités qu'offrait la caméra (focales, angles de prises de vue...). Les effets spéciaux que nous avons utilisés ne., sont là que pour souligner et pour amplifier une situation. Le déclin de l'histoire Bacon / Dyer en relation avec les délires et les cauchemars de Dyer."